lundi 14 mars 2016

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2016


Chaque année depuis douze ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder donnent rendez-vous à leur public dans la petite église de Repelen dans la Ruhr. A trois le vendredi, ils sont traditionnellement rejoints le lendemain par le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Et chaque année, le trio apporte son lot d'innovations. La formule fonctionne si bien que la 13e édition et déjà programmée pour 2017, et que le groupe est aussi attendu en Grande-Bretagne en septembre.

 

BK&S & Friends @ Repelen 2016 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2016. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

Repelen, le 12 mars 2016

Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller / photo S. Mazars
B. Broekhuis, R. Ebert, D. Keller
C'est presque la marque de fabrique du rendez-vous de Repelen : ne pas tout faire reposer sur la musique électronique mais proposer un spectacle complet, où la lumière et la danse jouent souvent un rôle important, sinon le rôle principal. Ainsi, le vendredi fut – paraît-il (je n'étais pas présent) – l'occasion de découvrir MuTarik, un couple d'artistes invité sur scène pour présenter ses installations son et lumière. En outre, si les Beatles avaient George Martin, leur «cinquième homme», Bas, Detlef et Mario peuvent à la fois compter sur l'efficace Frank Rothe à la console de mixage, et sur un virtuose des projecteurs, André Löbbert, qui signe une fois encore une partition lumineuse d'exception.

Eva-Maria Kagermann-Otte / photo S. Mazars
Eva Kagermann : des costumes de plus en plus étranges
Dès le morceau d'ouverture, Dresden, où Detlef Keller se livre à une petite démonstration, toujours amusante, de harpe laser, le public se rend compte que le laser fait désormais lui aussi partie intégrante de l'accompagnement visuel du spectacle : c'est un véritable lasershow qui illumine le choeur de l'église lorsqu'Eva Kagermann surgit sur scène pour sa première improvisation de danse buto. Les costumes d'Eva sont d'ailleurs de plus en plus étranges. Cette fois, c'est dans un accoutrement qui lui masque entièrement le visage qu'elle débute sa performance. Avec les lumières surréalistes d'André Löbbert dans son dos, on a parfois l'impression qu'elle interprète une scène tout droit sortie de L'Exorciste !

Eva-Maria Kagermann-Otte, Thomas Kagermann / photo S. Mazars
Les figures de danse buto d'Eva-Maria Kagermann-Otte et le violon de Thomas Kagermann

Mario Schönwälder / photo S. Mazars
Mario Schönwälder
Côté musique, BK&S distille un mélange de titres connus, comme l'incontournable Source of Life, et d'inédits - qui n'ont même pas encore de titre, croit savoir Frank Rothe. C'est en particulier le cas du second rappel, un morceau assez inquiétant qui renforce un peu plus cette ambiance de film d'épouvante. Les trois musiciens électroniques laissent souvent la vedette à Thomas, Raughi et leurs «vrais instruments», selon le mot espiègle du pasteur Bratkus-Fünderich qui présente chaque année la soirée. Raughi se montre lui aussi d'humeur particulièrement sombre sur ses improvisations.

En revanche, certains passages se révèlent plus légers, comme ce Electric Chess, dont la rythmique hypnotique rappelle bien sûr E2-E4 de Manuel Göttsching, auquel le groupe voulait rendre hommage. Manuel Göttsching sera toujours reconnu à juste titre comme l'un des grands révolutionnaires, l'un des grands pionniers. Mais pionnier de quoi, s'il n'existait pas, à sa suite, des fans, et des disciples ?

Eva Kagermann @ Repelen 2016 / photo : ARThomas Photographie (Thomas Wölfer)
photo : Thomas Wölfer
Il y a une différence entre l'innovation et la table rase. L'innovation s'appuie sur des fondations pour ajouter chaque fois une nouvelle pierre à l'édifice. La table rase détruit tout et repart à zéro. A ce titre, l'innovation pourrait être interprétée comme un synonyme exact de la tradition. Il y a une tradition de la musique électronique. Grâce aux artistes comme Bas Broekhuis, Detlef Keller et Mario Schönwälder qui la font vivre, elle permet à un public, certes restreint, de continuer à entendre et à voir sur scène un style de musique qui autrement aurait rejoint les musées. Ou le folklore.

Car il ne suffit pas d'inventer de nouvelles choses, encore faut-il les faire vivre. Sans quoi il ne s'agirait pas de culture, mais simplement de consommation. Contre la société traditionnelle, la table rase fait précisément surgir la société de consommation, où un produit chasse l'autre. Et où n'importe quel objet d'art devient, à la lettre, un produit de consommation. Sans la tradition, la musique électronique se résumerait aujourd'hui à l'un des ses derniers avatars en date, comme le dubstep, ou l'EDM. Si nous ne voulons pas de cela, alors retournons à Repelen l'année prochaine.

Prochains rendez-vous avec BK&S 

– St. Mary Church, Bungay, Royaume-Uni, 10/09/2016
– 15e Liquid Sound Festival, Bad Schandau, Allemagne 04-05/11/2016
– Grotte de Dechen, Iserlohn, Allemagne, 19/11/2016
– Eglise de Repelen, Allemagne, 10-12/03/2017

BK&S & Friends @ Repelen 2016 / photo S. Mazars