dimanche 15 mars 2015

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2015

 

En 2005, Broekhuis, Keller & Schönwälder se sont produits pour la première fois en l’église de Repelen, près de Moers dans la Ruhr, fief de Detlef Keller. Dix ans et onze concerts plus tard, la formule s’est affinée, si bien que le spectacle se divise désormais en deux soirées : une première consacrée à un show « électronique pur », la seconde réunissant, autour de BK&S, leurs amis le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Comme l’année dernière, la bande présentait le prochain album de la fameuse série chromatique du trio, Green, dont la sortie commençait à se faire attendre. La date est annoncée : ce sera juin 2015.

 

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Eva-Maria Kagermann-Otte, Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder

Repelen, le 14 mars 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Green sera probablement le meilleur album de BK&S, en tout cas le plus original. C’est ce qu’ont pu se dire les spectateurs de cette onzième intervention du trio en l’église de Repelen, à l’occasion duquel le disque a été interprété, semble-t-il, en intégralité. Qu’on se rassure, nous sommes toujours en terrain connu : la meilleure tradition de la Berliner Schule. Mais si l’influence de Tangerine Dream planait sur des disques comme Wolfsburg (2002) ou le récent live The Last Tango (2014), celle de Klaus Schulze sur les précédents albums de la série chromatique, Orange (2007), Blue (2009) et surtout Red (2012), Green semble montrer une voie propre, et procède d’un remarquable renouvellement de l’inspiration des trois hommes.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Outre l’inspiration, c’est aussi le matériel que Bas, Detlef et Mario n’ont pas hésité à renouveler. Trois nouveaux appareils font leur apparition cette année sur scène, trois Arturia MiniBrute SE, dont chaque musicien dispose d’un exemplaire derrière lui sur une perche. Ils ne seront utilisés que sur un morceau, Green 4, jusqu’alors inédit, sans doute le titre le plus énergique du futur album, mois méditatif, plus rythmé, et qui ne dépareillerait pas sur un dancefloor, à l’image de la production récente du duo Fanger & Schönwälder.
 

Broekhuis, Keller & Schönwälder, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder @ Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Contrairement à l’année précédente, où les programmes des deux soirées étaient totalement différents – un aperçu de Green le premier soir, un best of de BK&S le second –, les spectateurs qui ont eu le loisir d’assister aux deux concerts cette année auront entendu la même musique, d’abord jouée par les trois hommes (13 mars), puis avec l’appui de Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann (14 mars).

BK&S & Friends, Eva-Maria Kagermann-Otte, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Danse butō avec Eva-Maria Kagermann-Otte
Comme d’habitude, cette dernière investit périodiquement l’avant-scène tandis que les hommes s’affairent dans le chœur de la petite église. A cette occasion, le public découvre les nouvelles figures, les nouveaux costumes et les nouveaux accessoires conçus par Eva, dont les lentes chorégraphies, s’inspirant librement de la tradition japonaise de la danse butō, illustrent à la perfection le style musical pratiqué ici. Encore qu’il s’agisse moins d’illustration que de dialogue. Aux subtiles séquences de BK&S répondent les volutes de rubans, aux mélopées de Raughi et Thomas, la mystérieuse danse des lampions.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
C’est un fait établi depuis les débuts de la musique électronique que celle-ci s’associe remarquablement avec des instruments plus conventionnels, susceptibles de lui apporter cette chaleur dont on l’accuse parfois de manquer. Si les sons de mellotron de Mario démentent en partie ce soupçon, il est certain que la guitare de Raughi et le violon de Thomas apportent une sève dont les séquenceurs seuls sont en effet dépourvus, quelque soit la vitalité et l’entrain que leur insuffle le musicien électronique.
BK&S & Friends, Raughi Ebert, Thomas Kagermann, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Raughi Ebert, Thomas Kagermann
A cet égard, la contribution de Raughi Ebert s’avère d’autant plus précieuse qu’il vient de la tradition flamenco (cf son duo Tierra Negra, très populaire en Allemagne). On ne peut même pas parler de son « toucher » de guitare tant il donne l’impression d’effleurer à peine ses cordes à chaque solo. Quant à Thomas Kagermann, les aficionados connaissent depuis longtemps les sonorités inimitables de son violon : le morceau de Bas Broekhuis Nazareth, PA, paru sur la compilation Manikin Records Second Decade 2002-2012, en donne un excellent aperçu. Mais l’homme n’est pas seulement violoniste. Sur scène, il alterne les cordes et divers instruments à vents, n’hésitant pas à chanter… quand ça lui chante.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
La danse des lampions. BK&S & Friends, Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Les musiciens utilisent souvent le cliché de « l’alchimie », ce mystérieux ingrédient qui leur permet de jouer ensemble et de bien s’entendre sans même y penser. C’est exactement ce qui se passe entre BK&S et leurs amis. Lorsque Raughi et Thomas accompagnent Bas, Detlef et Mario sur scène, ils ne connaissent bien souvent le morceau qu’ils interprètent que depuis le soundcheck. La facilité avec laquelle les deux hommes improvisent, intègrent leurs instruments aux pièces 100% électroniques du trio comme s’ils en avaient toujours fait partie, reste un des mystères et un des ravissements du spectacle.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Soirée portes ouvertes à l'église
Celui-ci se prolonge d’ailleurs très tard dans la nuit. Immédiatement après les deux heures de concert, la paroisse avait décidé d’organiser, jusqu’à minuit, la soirée portes ouvertes de l’église. Qui d’autre que BK&S pour en assurer l’accompagnement musical ? Au programme : deux heures de musique supplémentaire tirée du répertoire de BK&S. Fatigués, les protagonistes ne sont pas présents simultanément sur scène. Tandis que le pasteur s’appuie sur la musique, très discrète cette fois, pour réciter ses psaumes, les uns et les autres se relaient sur scène puis vont se dégourdir les jambes ou se reposer au milieu des spectateurs. Et même là, au beau milieu du public, une inspiration soudaine pousse Thomas Kagermann à donner de la voie, révélant à cette occasion un don insoupçonné pour le chant diphonique.

Voilà. L’inspiration. La surprise. L’ambiance. C’est ce qu’on attend de chaque concert de BK&S, et c’est ce qui rend chacun d’eux unique.

Setlist (14 mars) : From Red To Green. – Green 1. – Green 2. – Green 3. – Green 4. – [rappels] Direction Green 2015 (titre de travail). – medley Red 1 / Direction Green 2.

Prochains rendez-vous

– Filterkaffee (Mario Schönwälder & Frank Rothe) live @ E-Day, Theater de Enck, Oirschot, 18/04/2015
– BK&S live @ the University of Berlin, 08/05/2015
– BK&S Planetariumskonzert, Zeiss Planetarium, Bochum, 06/06/2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015