lundi 23 mars 2015

L’hommage des Schallwelle Awards à Edgar Froese


Fondateur de Tangerine Dream et de tout un courant musical, Edgar Froese s’est éteint subitement le 20 janvier 2015. Les Schallwelle Awards, distinctions qui se réclament de son héritage, se devaient de lui rendre hommage. Quelques semaines auparavant, Sylvia Sommerfeld, organisatrice de l’événement, se réjouissait de la présence du maestro, lui qui devait être honoré d’un Schallwelle d’honneur à l’occasion de cette septième édition. C’est donc à titre posthume, et très tard dans la nuit, que la statuette lui été décernée. Thorsten Quaeschning, son partenaire depuis dix ans au sein de Tangerine Dream, était venu la recevoir en son nom. Coïncidence : son groupe Picture Palace music donnait aussi le concert d’ouverture de cette cérémonie, et repartait à son tour avec un trophée.

 

Edgar Froese sous le dôme du planétarium de Bochum, Schallwelle Awards 2015 / photo S. Mazars
Dernier hommage à Edgar Froese sous le dôme du planétarium de Bochum, Schallwelle Awards

Bochum, le 21 mars 2015

Tangerine Dream –
Phaedra Farewell Tour 2014
Ce soir-là, sous le dôme du planétarium de Bochum, l’hommage à Edgar Froese éclipsait (sauf, peut-être, pour les artistes nominés) l’enjeu de la remise des prix. Celle-ci se révélait d’ailleurs très vite sans surprise. Si Analog Overdose 5 de Fanger & Schönwälder, ou Staub de l'un des plus talentueux jeunes disciples de Froese, Wolfram Spyra, ne manquaient pas de qualités pour prétendre au titre de Meilleur Album national (c’est-à-dire allemand) de l’année, comment ne pas récompenser Tangerine Dream et son Phaedra Farewell Tour au titre prophétique, revue de la tournée européenne du groupe au printemps 2014 ? Sorcerer 2014, un autre album de TD, concourrait dans la même catégorie, ainsi que, chose étonnante, une compilation de Picture Palace music.

MorPheuSz - Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams / source : discogs.com
MorPheuSz –
Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams
Du côté de l'Album international de l’année, le trophée ne pouvait échapper à Ron Boots et ses amis de MorPheuSz pour Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams. La formation néerlando-germanique composée de Boots, Frank Dorritke, Eric et Harold van der Heijden, très active l'an passé, semble avoir trouvé le truc pour séduire le public ronronnant des Schallwelle : un mix d'easy listening et de rock, souligné par la guitare de Frank et la batterie d'Harold. Le groupe rafle pour la même raison le titre de Meilleur Artiste étranger devant… Pink Floyd, dont la nomination aux Schallwelle suscitait de nombreuses interrogations. Dépourvu de cette facette rock mais non de rythme et de mélodies accrocheuses, le Best Newcomer, Thomas Jung, appartient semble-t-il à la même école que MorPheuSz : les inévitables séquences pour les basses, quelques accords, des airs simples. La musique électronique traditionnelle a-t-elle trouvé sa voie ? Se serait-elle définitivement affranchie de la Berlin School deux mois seulement après la mort d’Edgar Froese ?

Bernd-Michael Land dans son studio / source : bernd-michael-land.com
Bernd-Michael Land dans son studio (source : bernd-michael-land.com)
C’est là que les Schallwelle réservent leur première surprise. Alors qu’on attendait le plébiscite de Tangerine Dream dans la catégorie Meilleur Artiste allemand, la récompense revient à Bernd-Michael Land, sympathique papy aux cheveux orange, collectionneur de synthés (il possède, paraît-il, l’un des plus volumineux systèmes modulaires d’Allemagne), détenteur d’une Ford T customisée (le moteur est si puissant qu’il n’a jamais roulé avec, de peur que la voiture s’envole), et enfin fervent convaincu de l’existence des extraterrestres.
Bernd-Michael Land dans son studio / source : bernd-michael-land.com
(source : bernd-michael-land.com)
Né à Francfort en 1954, Bernd-Michael Land a commencé la musique à la fin des années 60. Encore aujourd’hui, il utilise son système modulaire pour tirer des sons expérimentaux dans la droite ligne de Phaedra. Récompenser cet homme plutôt que TD est, en définitive, une manière plus subtile de rendre hommage à Edgar Froese. C’est aussi une manière de reconnaître l’art de la débrouille propre à cette époque, et que des artistes comme Bernd-Michael Land perpétuent. L’homme fait tout tout seul et publie lui-même ses disques, dont les couvertures épouvantables rappellent l’ambiance des fanzines des années 70. En 2015, il sort ainsi pas moins de cinq albums : en solo, sous le nom d’Alien Project, ou en collaboration.


Entre le rock de MorPheuSz et l’électronique vintage de Bernd-Michael Land, l’écart est abyssal. Il démontre s’il en était besoin l’étendue de la notion de « musique électronique ». Le mini-concert d’ouverture de Picture Palace music en exprime encore un aspect différent. Plus difficile d’accès, parfois dissonante, la musique de Picture Palace music occupe depuis longtemps une place à part. Ce soir, elle a des accents industriels, voire dubstep, Thorsten Quaeschning ayant vraisemblablement fait l’acquisition récente de quelques modules dédiés aux effets si caractéristiques de ce courant.

Picture Palace music / source : picture-palace-music.com
Picture Palace music (source : picture-palace-music.com)

Sa prestation révèle une facette totalement inattendue de la musique électronique, dont la plupart des promoteurs n’ont de cesse de souligner la liberté sans commune mesure dont elle serait porteuse. Aucune limite, aucun besoin d’apprendre ! Pourtant, force est de constater que, chaque fois qu’un nouveau genre électronique émerge, son origine peut être attribuée à un nouvel instrument, une nouvelle pédale d’effet ou un nouveau plugin bien plus souvent qu’à l’inspiration subite de tel ou tel artiste. La technologie ne nous détermine-t-elle pas plus qu’elle ne nous rend libre ? La discussion est ouverte. Elle n’empêche pas Picture Palace music de remporter le premier trophée d’une nouvelle catégorie, le Titre de l’année, dont la création témoigne peut-être, de la part des organisateurs, d’un désir de capter un nouvel auditoire en privilégiant le format court. En effet, comment attirer l’attention d’un public dont les oreilles sont de plus en plus sollicitées ? Vaste sujet.

Toutes ces questions passent au second plan lorsque vient le moment d’honorer la mémoire d’Edgar Froese. René Splinter, a qui a été confié le second mini-concert de la soirée, rend sans doute l’un des plus beaux hommages possibles au fondateur de Tangerine Dream. Tout son show évoque le groupe mythique. On y sent des réminiscences de Logos, de Poland, et le public frémit aussitôt en reconnaissant la mélodie de Stuntman, l’un des titres phares d’Edgar Froese en solo, dans un arrangement au piano particulièrement bienvenu.

Schallwelle Awards 2015, Thomas Gonsior, Sylvia Sommerfeld / photo S. Mazars
Thomas Gonsior, Sylvia Sommerfeld
Thomas Gonsior ne pouvait pas ne pas poser la question à Thorsten Quaeschning. Tangerine Dream va-t-il survivre à Edgar Froese, éventuellement avec l’appui d’anciens membres ? L’un d’entre eux, le propre fils d’Edgar, avait déjà tranché ce sujet sur Facebook par un « non » catégorique et définitif. Thorsten ne se laisse pas déstabiliser. «Si nous continuons ? Bien entendu : après le Phaedra Farewell Tour, nous entamons cette année le Rubycon Farewell Tour, puis nous enchaînons l’année suivante avec le Ricochet Farewell Tour et ainsi de suite, jusqu’au Farewell Farewell Tour ». S’il s’empresse d’ajouter que non, il ne ferme pas la porte, qu’il doit se laisser le temps de réfléchir, on imagine mal Thorsten Quaeschning revenir sur scène sous la bannière Tangerine Dream. Mais c’est son trait d’humour qui révèle le mieux l’incongruité d’une telle idée.

Schallwelle Awards 2015, Thorsten Quaeschning / photo S. Mazars
Thorsten Quaeschning rend hommage à Edgar Froese
Pressé de reprendre la parole un peu plus tard pour rendre un dernier hommage au maestro, Thorsten semble un moment se laisser submerger par l’émotion. Peut-être a-t-il aussi le sentiment de ne pas être le mieux placé pour cette tâche ? Ne sachant que dire, cherchant ses mots, il ne peut que réaffirmer son immense gratitude envers Edgar, avant de conclure « Les morts ne meurent vraiment que lorsque les vivants ont oublié leurs noms... ». Ses dernières syllabes articuleront donc celui du maître lui-même : « Edgar Froese ».

Winfrid Trenkler, homme de radio à  qui revient le mot de la fin, se montre évidemment plus loquace. C’est à lui que des groupes comme Tangerine Dream doivent d’avoir accédé à la notoriété en Allemagne, c’est à son micro qu’ils ont répondu à leurs premières interviews. Trenkler, qui vient directement de Suède où il habite désormais, a eu le temps de monter quelques extraits d’une interview de 1975, véritable document historique pour qui s’intéresse aux développements de la musique électronique. Il en fait bien sûr profiter l’auditoire. A l’époque, l’album Phaedra était encore frais. Edgar raconte comment le groupe avait décidé sur un coup de tête de revendre tous ses instruments conventionnels – les guitares, la batterie, tout ! –, pour investir dans ces nouveaux outils appelés synthétiseurs… sans savoir comment s’en servir. Il a fallu des semaines avant d’en tirer le moindre son convenable, et Phaedra reste le témoin de cette prise en main difficile.

Pour Winfrid Trenkler, c’est à ce saut dans l’inconnu, commercialement suicidaire, effectué par des gens comme Froese à l’époque, que nous devons la banalisation actuelle des instruments électroniques. Mieux : ce saut dans l’inconnu est la démarche par excellence de tout artiste novateur. Mais Trenkler ne s’arrête pas à cette rhétorique progressiste. S’il n’hésite pas à placer Froese à égalité avec Bach, Mozart et Beethoven au panthéon de l’histoire de la musique, il sait aussi qu’il ne suffit pas d’être novateur. Il faut aussi avoir une postérité. « Le roi est mort, vive le roi ! », s’empresse-t-il d’ajouter. Sans postérité, la plus géniale innovation retombera invariablement dans l’oubli. Seule la postérité fonde la culture et c’est précisément pourquoi, plus que jamais aujourd’hui, la scène électronique traditionnelle, la fameuse Berlin School, doit survivre. Pour que l’œuvre d’Edgar Froese, et pas seulement son nom, ne meurt jamais.

Schallwelle Awards 2015 / photo S. Mazars

Palmarès. Prix spécial : Edgar Froese. – Meilleur Artiste allemand : Bernd-Michael Land. – Meilleur Artiste international : MorPheuSz. – Meilleur Album allemand : Phaedra Farewell Tour (Tangerine Dream). – Meilleur Album international : Tantalizing Thoughts at the Dawn of Dreams (MorPheuSz). – Meilleur morceau : Sleepwalking Marathon (is not Olympic) (Picture Palace music). – Meilleur Espoir : Thomas Jung.


dimanche 15 mars 2015

Broekhuis, Keller & Schönwälder live @ Repelen 2015

 

En 2005, Broekhuis, Keller & Schönwälder se sont produits pour la première fois en l’église de Repelen, près de Moers dans la Ruhr, fief de Detlef Keller. Dix ans et onze concerts plus tard, la formule s’est affinée, si bien que le spectacle se divise désormais en deux soirées : une première consacrée à un show « électronique pur », la seconde réunissant, autour de BK&S, leurs amis le guitariste Raughi Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et la danseuse Eva-Maria Kagermann-Otte. Comme l’année dernière, la bande présentait le prochain album de la fameuse série chromatique du trio, Green, dont la sortie commençait à se faire attendre. La date est annoncée : ce sera juin 2015.

 

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Eva-Maria Kagermann-Otte, Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder

Repelen, le 14 mars 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Green sera probablement le meilleur album de BK&S, en tout cas le plus original. C’est ce qu’ont pu se dire les spectateurs de cette onzième intervention du trio en l’église de Repelen, à l’occasion duquel le disque a été interprété, semble-t-il, en intégralité. Qu’on se rassure, nous sommes toujours en terrain connu : la meilleure tradition de la Berliner Schule. Mais si l’influence de Tangerine Dream planait sur des disques comme Wolfsburg (2002) ou le récent live The Last Tango (2014), celle de Klaus Schulze sur les précédents albums de la série chromatique, Orange (2007), Blue (2009) et surtout Red (2012), Green semble montrer une voie propre, et procède d’un remarquable renouvellement de l’inspiration des trois hommes.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Outre l’inspiration, c’est aussi le matériel que Bas, Detlef et Mario n’ont pas hésité à renouveler. Trois nouveaux appareils font leur apparition cette année sur scène, trois Arturia MiniBrute SE, dont chaque musicien dispose d’un exemplaire derrière lui sur une perche. Ils ne seront utilisés que sur un morceau, Green 4, jusqu’alors inédit, sans doute le titre le plus énergique du futur album, mois méditatif, plus rythmé, et qui ne dépareillerait pas sur un dancefloor, à l’image de la production récente du duo Fanger & Schönwälder.
 

Broekhuis, Keller & Schönwälder, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder @ Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Contrairement à l’année précédente, où les programmes des deux soirées étaient totalement différents – un aperçu de Green le premier soir, un best of de BK&S le second –, les spectateurs qui ont eu le loisir d’assister aux deux concerts cette année auront entendu la même musique, d’abord jouée par les trois hommes (13 mars), puis avec l’appui de Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann (14 mars).

BK&S & Friends, Eva-Maria Kagermann-Otte, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Danse butō avec Eva-Maria Kagermann-Otte
Comme d’habitude, cette dernière investit périodiquement l’avant-scène tandis que les hommes s’affairent dans le chœur de la petite église. A cette occasion, le public découvre les nouvelles figures, les nouveaux costumes et les nouveaux accessoires conçus par Eva, dont les lentes chorégraphies, s’inspirant librement de la tradition japonaise de la danse butō, illustrent à la perfection le style musical pratiqué ici. Encore qu’il s’agisse moins d’illustration que de dialogue. Aux subtiles séquences de BK&S répondent les volutes de rubans, aux mélopées de Raughi et Thomas, la mystérieuse danse des lampions.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015. De gauche à droite :
Bas Broekhuis, Raughi Ebert, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
C’est un fait établi depuis les débuts de la musique électronique que celle-ci s’associe remarquablement avec des instruments plus conventionnels, susceptibles de lui apporter cette chaleur dont on l’accuse parfois de manquer. Si les sons de mellotron de Mario démentent en partie ce soupçon, il est certain que la guitare de Raughi et le violon de Thomas apportent une sève dont les séquenceurs seuls sont en effet dépourvus, quelque soit la vitalité et l’entrain que leur insuffle le musicien électronique.
BK&S & Friends, Raughi Ebert, Thomas Kagermann, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Raughi Ebert, Thomas Kagermann
A cet égard, la contribution de Raughi Ebert s’avère d’autant plus précieuse qu’il vient de la tradition flamenco (cf son duo Tierra Negra, très populaire en Allemagne). On ne peut même pas parler de son « toucher » de guitare tant il donne l’impression d’effleurer à peine ses cordes à chaque solo. Quant à Thomas Kagermann, les aficionados connaissent depuis longtemps les sonorités inimitables de son violon : le morceau de Bas Broekhuis Nazareth, PA, paru sur la compilation Manikin Records Second Decade 2002-2012, en donne un excellent aperçu. Mais l’homme n’est pas seulement violoniste. Sur scène, il alterne les cordes et divers instruments à vents, n’hésitant pas à chanter… quand ça lui chante.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
La danse des lampions. BK&S & Friends, Repelen 2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Les musiciens utilisent souvent le cliché de « l’alchimie », ce mystérieux ingrédient qui leur permet de jouer ensemble et de bien s’entendre sans même y penser. C’est exactement ce qui se passe entre BK&S et leurs amis. Lorsque Raughi et Thomas accompagnent Bas, Detlef et Mario sur scène, ils ne connaissent bien souvent le morceau qu’ils interprètent que depuis le soundcheck. La facilité avec laquelle les deux hommes improvisent, intègrent leurs instruments aux pièces 100% électroniques du trio comme s’ils en avaient toujours fait partie, reste un des mystères et un des ravissements du spectacle.

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
Soirée portes ouvertes à l'église
Celui-ci se prolonge d’ailleurs très tard dans la nuit. Immédiatement après les deux heures de concert, la paroisse avait décidé d’organiser, jusqu’à minuit, la soirée portes ouvertes de l’église. Qui d’autre que BK&S pour en assurer l’accompagnement musical ? Au programme : deux heures de musique supplémentaire tirée du répertoire de BK&S. Fatigués, les protagonistes ne sont pas présents simultanément sur scène. Tandis que le pasteur s’appuie sur la musique, très discrète cette fois, pour réciter ses psaumes, les uns et les autres se relaient sur scène puis vont se dégourdir les jambes ou se reposer au milieu des spectateurs. Et même là, au beau milieu du public, une inspiration soudaine pousse Thomas Kagermann à donner de la voie, révélant à cette occasion un don insoupçonné pour le chant diphonique.

Voilà. L’inspiration. La surprise. L’ambiance. C’est ce qu’on attend de chaque concert de BK&S, et c’est ce qui rend chacun d’eux unique.

Setlist (14 mars) : From Red To Green. – Green 1. – Green 2. – Green 3. – Green 4. – [rappels] Direction Green 2015 (titre de travail). – medley Red 1 / Direction Green 2.

Prochains rendez-vous

– Filterkaffee (Mario Schönwälder & Frank Rothe) live @ E-Day, Theater de Enck, Oirschot, 18/04/2015
– BK&S live @ the University of Berlin, 08/05/2015
– BK&S Planetariumskonzert, Zeiss Planetarium, Bochum, 06/06/2015

BK&S & Friends, Repelen 2015 / photo S. Mazars
BK&S & Friends @ Repelen 2015


mardi 3 mars 2015

Le monde vert de Bernd Kistenmacher


Bernd Kistenmacher a publié en décembre dernier son nouvel album, Paradise, qu'il promouvait sur scène depuis le mois d'octobre. A Iéna, où il achevait sa tournée, il prenait le temps d'un bon verre de vin quelques minutes avant son entrée en scène. Une bonne occasion de revenir sur le concept résolument écologique de son nouveau disque, de rendre un dernier hommage à Edgar Froese, le fondateur de Tangerine Dream disparu le 20 janvier dernier, et d'évoquer ses projets musicaux, lui qui est l'un des rares artistes professionnels issus de cette niche musicale.

 

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher joue Paradise sous la forêt fractale d'Andreas Schwietzke, planétarium de Iéna 2015

Iéna, le 28 février 2015

Bernd, après Utopia, en 2013, tu as décidé d'intituler ton nouvel album Paradise. Quel sens donnes-tu à ce terme ?

Bernd Kistenmacher - Paradise (2014) / source : berndkistenmacher.bandcamp.com
Bernd Kistenmacher – Paradise (2014, MIRecords)
Bernd Kistenmacher – Avec Utopia, j'avais voulu regarder un peu en direction de l'avenir. We Need a New Utopia exprimait mon impression de malaise par rapport à notre époque, une impression commune à beaucoup de gens. Nous sommes abreuvés chaque jour des comptes-rendus alarmants de la vie politique, des inquiétudes des uns, des besoins des autres, de la crise – les grosses crises, les petites crises. Ce disque se voulait une réflexion sur l'urgence, peut-être, d'y répondre par de nouvelles utopies. Paradise représente l'autre face de la même médaille. Nous en arrivons aujourd'hui au point où nous commençons, non à rêver d'un paradis futur, mais à regretter le paradis perdu. Chacun a le sien, du reste. Chacun a son endroit de rêve, celui où il désire aller, où il se projette. Mais dès qu'on y arrive, on se rend compte qu'on n'est toujours pas rassasié, qu'on en veut un autre. Nous ne pouvons nous empêcher de convoiter toujours quelque chose de nouveau sans jamais nous rendre compte que nous avons dépassé depuis longtemps le point où nous devrions être raisonnablement satisfaits. Ce faisant, nous finissons par détruire ce que nous aimons : aussi bien des liens que des lieux. Paradise symbolise ce mouvement, et la couverture du disque l'illustre. Il s'agit d'une photo de forêt vierge en flammes, prise au Brésil. L'image est éloquente. Elle montre la destruction volontaire de la nature, toujours pour de bonnes raisons économiques, histoire de conquérir de nouvelles terres allouées ensuite à l'investissement immobilier, à l'alimentation animale ou que sais-je encore. D'un côté, nous reconnaissons comme un paradis la forêt vierge, le domaine des animaux sauvages, la nature, la paix, le calme, bref, tout ce qui se trouve hors du système. D'un autre côté, c'est précisément cette nature, le poumon de la planète, que nous détruisons méthodiquement, au profit du même système.

En 1957, Albert Camus déclarait : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Te reconnais-tu dans cette phrase ?

BK – Nous sommes les enfants du progrès, et nous voulons continuer à en profiter. Mais le progrès a un prix très élevé. Nous sommes prêts à tout lui sacrifier : la nature, comme notre liberté. Donc oui, je me reconnais là-dedans. Il serait temps de faire une pause et de nous satisfaire de ce que nous avons déjà. Pas toujours en vouloir plus, toujours plus, encore plus, auf Teufel komm raus – comme on dit si bien en allemand –, quel qu'en soit le prix, pourvu qu'il y ait le progrès. Ça ne nous mènera pas loin.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Et c'est cette idée que tu traduis aujourd'hui en musique. L'album a beau être 100% électronique, il y règne du coup une atmosphère plutôt organique.

BK – Oui, c'est du 100% électronique. Mais depuis quelques années, je ne cherche plus à me conformer aux dernières tendances du genre. On peut rechercher le son le plus inédit, le plus électronique possible, mais on peut aussi, à l'inverse, tâcher d'y apporter une certaine chaleur humaine. Chez moi, même si la structure reste partiellement abstraite, des passages plus harmonieux cohabitent avec les moments expérimentaux. Pour moi, la musique électronique ne doit pas ressembler à une danse des robots. Jamais. Ça ne conviendrait pas à ce que j'essaie de faire. Un manifeste humaniste doit « sonner » humain.

Mais si la technologie est la grande coupable, n'est-il pas paradoxal d'utiliser des synthés, du courant électrique, pour la dénoncer ?

BK – C'est un point important… et tellement plus visible pour qui utilise un synthétiseur ! Un peintre n'a pas besoin de se demander d'où vient son pinceau, ni dans quelles circonstances il a été fabriqué. C'est vrai, j'utilise une technologie plus gourmande, qui a probablement un éco-bilan négatif, mais c'est elle qui existe actuellement. Rien ne nous empêche d'imaginer des solutions : des sources d'énergie propres ou – pourquoi pas ? – des synthés organiques. Mais le fait qu'aucun de nous ne soit un ange, ne soit totalement innocent, ne doit pas nous empêcher d'y réfléchir.

La forêt fractale d'Andreas Schwietzke illustrant Paradise sous le dôme du Planétarium de Iéna / photo S. Mazars
Un aperçu de la forêt fractale d'Andreas Schwietzke sous le dôme du planétarium de Iéna

Depuis quelques temps, tu travailles tes visuels sur scène avec un artiste qui s'appelle Andreas Schwietzke. Qui est-ce ?

BK – J'ai fait sa connaissance sur Facebook. C'est là que j'ai découvert son travail. C'est un artiste peintre qui a vécu en Espagne, qui a produit beaucoup avant de devoir rentrer en Allemagne. Désormais, il se consacre plutôt à la peinture assistée par ordinateur. Il fabrique des fractals, ce genre de choses. Il élabore essentiellement deux types d'images : de vastes structures architectoniques, et des paysages abstraits. Nous avons commencé à travailler très en amont sur Paradise. Il en est advenu cette immense abstraction forestière, que j'ai aussitôt jugée parfaite pour ce que j'avais en tête. C'est irréel, on peut s'y perdre. Et ça passe très bien dans un planétarium.

La forêt fractale d'Andreas Schwietzke illustrant Paradise sous le dôme du Planétarium de Iéna / photo S. Mazars
Dans trois semaines aura lieu la nouvelle cérémonie des Schallwelle Awards. Les votes sur Internet révèlent qu'en 2014, comme l'année précédente, près de 150 nouveaux albums ont été publiés dans le genre. Cette profusion est-elle une bonne nouvelle ?

BK – Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle. C'est d'abord un fait. C'est comme ça. Quant à savoir comment l'évaluer, je ne saurais pas. D'ailleurs, j'essaie de ne pas trop me laisser distraire. Je ne veux pas faire subir trop d'influences à mon propre travail. Depuis le début des années 2000, la musique électronique a un peu perdu son côté élitiste. Les pionniers, ceux qui ont développé ce style et qui commencent à disparaître, faisaient une musique très particulière sur des instruments très particuliers. Et très chers. Ce qui leur permettait de se distinguer. Ces gens pouvaient vivre de leur musique. Depuis, ils ont été rejoints par d'autres. Les machines sont devenues si petites, si bon marché, si répandues, qu'on les trouve même chez les discounters. Du coup, plus personne ne peut se différencier et tout le monde fait un peu la même chose. Quand on voit par exemple les photos que postent les musiciens sur Facebook aujourd'hui, rien ne permet de distinguer un studio d'un autre. Ils possèdent les mêmes instruments et donc produisent souvent la même musique.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Tu parlais des pionniers qui disparaissent. Que représentait Edgar Froese pour toi ?

BK – Je regrette de n'avoir pas pu faire sa connaissance plus tôt. Je ne l'ai rencontré pour la première et la dernière fois de ma vie qu'en mai de l'année dernière, à l'occasion du concert de Tangerine Dream à l'Admiralpalast de Berlin. Nous avons pu échanger quelques mots. Il connaissait mon nom, ce qui m'a touché. C'est le genre de type avec lequel j'aurais pu bavarder la moitié de la nuit. Il aurait eu des tas de choses à raconter. Mais c'est trop tard. Sa mort a été un vrai choc pour moi.

Dans cette niche, peu de musiciens ont pu, comme lui, devenir professionnels. Tu en fais partie. Qu'est-ce que cela signifie ? Dois-tu obligatoirement sortir un disque par an ? Comment organises-tu ta vie professionnelle ?

BK – Non, je ne suis pas obligé de sortir un disque par an, mais il ne faut jamais dire jamais. Je pourrais très bien publier un autre album dans six mois… ou dans deux ans. Normalement, je respecte certaines règles de calendrier. Mais aujourd'hui, je veux briser un peu le cercle routinier album/concert/album/concert. J'ai beaucoup de projets, mais ils ne sont pas tous orientés obligatoirement vers la réalisation d'un nouvel album. Pour la même raison, je n'ai pas prévu de nouveau concert pour le moment. Si les choses évoluent d'elles-mêmes en ce sens, alors pourquoi pas un nouveau disque dès l'automne ?

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015

Musicalement, ce prochain album explorera-t-il la même philosophie que ses deux prédécesseurs, Utopia et Paradise ?

BK – Oui, s'il y a une certitude, c'est bien celle-ci. Mais je ne souhaite rien dévoiler précipitamment. Je pourrais t'annoncer un truc, et finir par en réaliser un autre. Je veux aussi me laisser surprendre. Depuis quelques mois, je suis surtout occupé à cultiver mon fond de catalogue. J'ai créé ma propre plateforme commerciale. J'utilise pour le moment Bandcamp, où sont désormais disponibles tous mes disques. Plus exactement, tous ceux dont j'ai récupéré les droits. Pour l'heure, seul Utopia reste encore la propriété de Groove Unlimited. Je vais ouvrir une structure semblable sur iTunes dans les prochains mois. Ça me permettra de couvrir les deux plus importants portails de distribution légale de musique. Je consacre aussi un certain temps à retirer tous mes titres des plateformes de streaming [nous en avions déjà parlé lors d'une précédente interview]. Et je ne parle même pas de l'offre illégale. On ne peut pas l'ignorer. Mais pour se donner au moins une chance de l'assécher, il fallait qu'une offre légale existe. De mon point de vue, il s'agit de lancer un signal à celui qui serait tenté : «Voilà, je ne peux pas contrôler dans ta tête où tu te procures ta musique mais sache qu'il existe aussi une offre légale. Ça coûte un peu d'argent, mais c'est légal.»

Bernd Kistenmacher - la réédition vinyle de Head-Visions (1986-2012) / source : berndkistenmacher.bandcamp.com
B. Kistenmacher – Head-Visions (1986-2012, MIRecords)
D'où, aussi, ton intérêt pour les 33 tours. Après la réédition en vinyle de ton premier album, Head-Visions, vas-tu poursuivre dans cette voie ?

BK – C'est aussi l'objectif. Album après album. Mais seulement dans les cas où ça vaut vraiment le coup. Je ne dispose malheureusement plus des bandes originales de certains de mes plus anciens disques. Par chance, je les avais pour Head-Visions [1986], bien conservées et bien complètes, ce qui m'a permis de réaliser un travail de remasterisation très sérieux. Je vais essayer ensuite avec Wake Up In The Sun [1987], dont je possède aussi les originaux. Hélas, ce sera plus difficile pour Kaleidoscope, le troisième album [1989], que j'avais enregistré selon des techniques nouvelles et très différentes. Quoi qu'il en soit, je vais continuer à dépoussiérer, à remasteriser mon vieux matériel, même si tout ne sortira pas en 33 tours. Je ne crois pas que le résultat soit forcément meilleur parce que le son a été repiqué sur vinyle. Et puis il faut que ça intéresse quelqu'un.

Qui achète les vinyles ?

BK – Oh, il y des gens à qui ça plaît. De plus en plus. Ça ne part pas aussi vite que des petits pains, évidemment, mais ça revient tout doucement. En revanche, comme toutes les plateformes ne permettent pas de vendre des LP, je les propose souvent moi-même en exclusivité. Ça nécessite de ma part un sérieux travail de communication, afin que les gens qui s'intéressent à Bernd Kistenmacher, qui viennent d'écouter l'un de ses disques, sachent qu'il existe aussi une version LP.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Que ferais-tu pour séduire des fans plus jeunes ?

BK – Rien du tout ! C'est une discussion qui revient souvent. Quand on assiste à des concerts, on voit des cheveux gris dans le public et on se lamente : « Il n'y a pas assez de jeunes !» Mais les jeunes ont bien le droit d'écouter une autre musique. Nous venons d'une génération singulière, qui a grandi avec Pink Floyd et Led Zeppelin, le rock et la musique électronique, et nous continuons bien à les écouter, eux. Nous avons grandi avec, nous vieillissons avec. Sincèrement, je crois que notre musique mourra avec nous.

Tu ne feras donc jamais de dubstep !

BK – Non. Je ne pourrais pas me corrompre à ce point ! Tu ne peux composer que la musique qui vient de ton âme. Ça ne m'empêche pas d'en écouter, il ne s'agit pas de cela. Mais je ne vais pas commencer à me raser les cheveux et à porter un képi pour faire jeune. Ce ne serait pas authentique. Nous vieillissons, il faut l'accepter. Je me réjouis, bien sûr, si des jeunes aiment ma musique. Et il y en a. Mais de là à tenter de me faire passer pour ce que je ne suis pas, le chantre de la next generation ou je ne sais quoi, non ! Vois-tu, j'habite à Berlin, et j'écoute quotidiennement la radio. Là-bas, la musique électronique, c'est Electronic Beats et ce n'est pas du tout le même genre. Pas de Vangelis, pas de Schulze, encore moins de Kistenmacher. Ils ne me connaissent même pas. Si tu les appelais pour leur dire qu'il y a un type à Berlin qui donne un concert de musique électronique, ils te demanderaient aussitôt : « Ah oui ? Dans quel club il joue ?» Et même s'ils se pointaient, ils t'objecteraient probablement que ma musique n'est pas exactement celle de leur public-cible. C'est ainsi qu'ils raisonnent. Pourquoi leur courir après ? Je fais ma musique, elle plaît à un certain public. Ça me suffit amplement.


lundi 2 mars 2015

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium, Iéna, 28 février 2015


Après un autre planétarium, celui de Münster le 31 janvier dernier, c’est au Zeiss-Planetarium de Iéna que Bernd Kistenmacher clôturait sa mini-tournée consacrée à sa dernière production studio, l’album Paradise, hymne à la nature et exhortation au sursaut écologique publiée en décembre 2014. Le Berlinois nous en avait fourni un premier aperçu lors du dernier festival Electronic Circus. Cette fois, il interprétait le disque en quasi intégralité, avant de consacrer la deuxième partie de son show à un voyage musical dans sa discographie récente.


Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher sous le dôme du Zeiss-Planetarium de Iéna

Iéna, le 28 février 2015

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Iéna n’est pas seulement le site d’une victoire napoléonienne, c’est aussi la ville qui abrite le plus ancien planétarium en activité dans le monde. Depuis 1926, le Zeiss-Planetarium de Iéna organise des spectacles et des manifestations pédagogiques autour de l’astronomie. De temps en temps, il accueille aussi des musiciens dont le style ou le genre de prédilection s’accorde avec sa double vocation rêveuse (les étoiles) et technologique (les télescopes). Bernd Kistenmacher est désormais un habitué des lieux. Quelques claviers (dont les Roland Jupiter 80 et Gaïa), un petit stand, tenu par son propre fils, et les superbes peintures fractales d’Andreas Schwietzke : il n’en faut pas plus à Bernd Kistenmacher pour assurer le spectacle.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Les fractals d’Andreas Schwietzke accompagnent Kistenmacher depuis la tournée Utopia. Projetées cette fois sous le dôme du planétarium, elles prennent une dimension impressionnante. Art figuratif ou pure abstraction ? Difficile de trancher. Si les premières minutes du show semblent laisser entrevoir des bâtiments de marbre dans le genre de la chapelle Sixtine, une fenêtre finit par s’ouvrir sur cette jungle, cette forêt tropicale à laquelle Bernd Kistenmacher a dédié Paradise. Nous aimons tous la technologie, nous apprécions tous le confort qui nous entoure – figuré ici par ces gigantesques structures de marbre. Mais n’oublions pas la nature, implore Kistenmacher, surtout si ce confort, tout artificiel, s’acquiert au prix du sacrifice des forêts.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Le sommet de l’album, et du concert de ce soir, c’est la pièce Raindance, à laquelle Bernd a su donner une belle texture organique, même si elle est en réalité 100% électronique. Samples de guitare, de basse et de batterie nous ramènent à ce vieux rock progressif floydien, déjà contestataire, déjà conscient du désastre écologique, loin des préoccupations de la musique électronique contemporaine, de la techno au dubstep, plutôt tournée vers le beat, l’oubli et la fête. Kistenmacher ne veut rien oublier. Il veut croire qu'il est possible d'affronter les catastrophes contemporaines plutôt que de les fuir. D'où la tournure symphonique et dramatique de sa musique.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Dans l’ensemble, Bernd Kistenmacher ne se départit pas de cette humeur mélancolique qui irrigue toute son œuvre depuis Head-Visions, son premier album. Bien plus que la légèreté et l’insouciance, cette ambiance est évidemment propice aux œuvres durables, celles qui resteront. Kistenmacher en a déjà produit un certain nombre depuis trente ans. Par exemple Rücksturz ou Ferne Ziele, et plus récemment Lost City (Beyond The Deep, 2010). Le concert de ce soir inscrit Paradise dans cette lignée. L'album comporte même deux de ces gemmes : Raindance, bien sûr, et l’aérien Everlasting Magic. Bernd fait décidément partie des classiques.

Setlist : [Set 1] Ghosts. – Born From Innocence. – Raindance. – Distant Danger. – Everlasting Magic. – [Set 2] We Need a New Utopia. – Antimatter Suite. – [Rappel] On The Shoulders of Atlas.

Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015 / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher live @ Zeiss-Planetarium Jena 2015
>> Interview de Bernd Kistenmacher