mercredi 22 octobre 2014

E-Live 2014 : trois générations sur scène


Réunir sur la même affiche l'une des légendes de la scène électronique classique, et son plus jeune représentant, telle était la particularité de cette 17e édition du E-Live, qui affichait complet pour l'occasion. Jeffrey « Synthex » Haster, 16 ans, avait en effet le privilège d'ouvrir ce festival clôturé par l'une des figures les plus importantes de l'histoire de la musique électronique : Manuel Göttsching, fondateur d'Ash Ra Tempel en 1970. La soirée faisait aussi une place à la Dark Berlin School du duo belge The Roswell Incident, mais aussi à l'un des maîtres de la scène néerlandaise, Gert Emmens.

 

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching live @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Agé de 16 ans à peine, Jeffrey Haster, plus connu sous le nom de Synthex, a déjà deux albums à son actif. Ron Boots, maître d'œuvre du E-Live, lui avait déjà offert en 2013 l'opportunité de se produire en public lors du E-Day, le pendant printanier de son festival de musique électronique. Cette fois, Synthex fait l'ouverture d'une édition haut de gamme et devant salle comble, puisque la tête d'affiche n'est autre que Manuel Göttsching. Synthex démontre tout d'abord que la confiance que lui accorde Ron Boots depuis trois ans n'est pas usurpée. Le jeune garçon d'Eindhoven joue ses solos avec aisance et dextérité, comme le démontre son rappel, une pièce pour piano solo que n'aurait pas reniée Johannes Schmoelling. Côté inspiration, Jeffrey oscille entre classicisme et modernité. Ce n'est pas tout à fait un hasard si cette alternative vient en premier à l'esprit. En effet, il manque encore à Synthex un son distinctif, une identité propre. Avec l'expérience – et le soutien de ses aînés –, il la trouvera. Son potentiel est énorme.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
The Roswell Incident avait déjà fait une excellente impression sur l'auditoire du premier B-Wave Festival en Belgique, en décembre 2013. Atmosphères, séquences, nappes : les frères Koen et Jan Buytaert manipulent les armes de la Berlin School la plus classique. Moins romantiques que leurs homologues allemands, moins joyeux que les Néerlandais, ils explorent en revanche une facette étonnamment sombre de ce genre si particulier. Parlera-t-on un jour à leur sujet de Dark Berlin School ? Ce n'est pas dans sa manière d'interpréter, mais dans sa manière de concevoir la Berlin School que le groupe se distingue de tous les autres. Koen et Jan savent choisir leurs textures avec goût, ménager leurs effets avec intelligence et, surtout, introduire leurs séquences avec une rare subtilité. En fait, toute personne un peu familière avec Tangerine Dream se laissera immédiatement transporter dans leur univers.

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens live @ E-Live 2014

Gert Emmens live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Gert Emmens
Avec Ron Boots, Gert Emmens est l'une des locomotives de la scène néerlandaise, et l'un des fers de lance du label Groove Unlimited. Lui qui, lors du dernier E-Day au mois de mai, promouvait encore son disque en collaboration avec Ruud Heij, Signs, et qui assurait ne pas vouloir remonter sur scène dans l'immédiat, figure non seulement à l'affiche de cet E-Live, mais publie de surcroît son nouvel album solo, Outland, un disque résolument orienté science-fiction. Quatre titres extraits de l'album, ainsi qu'un morceau spécialement conçu pour le festival, sont au programme. Que des inédits, donc, qui permettent de vérifier à quel point Gert revient toujours au style de ses débuts, même après s'être essayé à l'ambient et au rock progressif. Si l'on en juge par cette version live, Outland s'inscrit en effet dans la droite ligne de disques qui ont fait date dans le répertoire de Groove, comme Obscure Movements In Twilight Shades (2003) et Waves Of Dreams (2004). Mêmes textures, même sophistication, même légèreté. Emmens est un musicien aérien et raffiné.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Manuel Göttsching joue sur son orgue Farfisa

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
L'entrée en scène de Manuel Göttsching ne laisse personne indifférent. Pour nombre de visiteurs, cette soirée représente même la toute première opportunité d'admirer le maître sur scène. Aucun déluge de lumières ni de projection vidéo n'accompagnent le récital. Sans ses compères Harald Grosskopf à la batterie et Steve Baltes aux machines, Manuel se suffit à lui-même, seul au milieu de cette immense scène. C'est sur Ableton Live qu'il lance ses séquences électroniques pour mieux se concentrer sur ses solos, le plus souvent à la guitare, mais aussi sur son célèbre orgue Farfisa, qui ne semble plus le quitter. Le Farfisa joue d'ailleurs le premier rôle lors de l'un des temps forts du concert, Dream, extrait de Dream & Desire (1977-1991), l'un des titres les plus caressants de sa discographie. Entre Ashra, Ash Ra Tempel et sa carrière solo, il n'est d'ailleurs pas si aisé de s'y retrouver. Ce soir, le guitariste laisse de côté Inventions for Electric Guitar et E2-E4, ses plus célèbres albums. Outre Dream, il interprète essentiellement des extraits de New Age of Earth (1976) et Blackouts (1977), ses deux premières œuvres estampillées Ashra ( …mais enregistrées en solo). Le second temps fort n'est autre que le rappel, Oyster Blues, un titre interprété pour la première fois lors de la transmediale de Berlin en 2012, et qui montre à quel point Manuel Göttsching demeure, après 45 ans de carrière, un musicien inspiré et innovant.

Manuel Göttsching live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Set list Manuel Göttsching : Die Mulde. – Shuttle Cock. – Dream. – Sunrain. – Midnight on Mars. – Deep Distance – [rappel] Oyster Blues.