mardi 28 octobre 2014

Pyramid Peak : séquences au sommet


Fondé en 1988 par Axel Stupplich et Andreas Morsch, d’abord sous le nom de Digital Dream, Pyramid Peak est devenu le trio aujourd’hui reconnu sur la scène électronique par l’adjonction d’un troisième larron, le batteur Uwe Denzer, lui aussi originaire de Leverkusen, au nord-est de Cologne. Depuis 1998, le groupe produit des albums dans la grande tradition de la Berlin School, mais dans un style plus énergique, et moins contemplatif. Avec BK&S, Pyramid Peak est probablement la formation qui tourne le plus au sein de cette niche. Axel, Andreas et Uwe disposent même de leur rendez-vous attitré : la grotte de Dechen, à Iserlohn, où ils se produisent régulièrement depuis 2001. Cette année, ils avaient justement invités BK&S à se joindre à eux. Entre leur propre show et celui de leurs hôtes, les trois hommes se sont assis quelques minutes sous les stalactites pour répondre à quelques questions.

 

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak @ Schallwelle Awards 2014
De gauche à droite : Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

A quel type d'ambiance et de musique dois-je m'attendre en écoutant Pyramid Peak ?

Axel Stupplich – A de la belle musique, avec beaucoup de séquenceurs, de mélodies et de rythmes. Si tu entends un son tout en séquences et en mélodie, c'est nous.
Andreas Morsch – Si on veut absolument nous classer dans un genre particulier, alors on peut dire que les grands anciens, comme Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk, nous ont servi de modèle. Mais nous ne souhaitons pas nous-mêmes nous prêter à ce genre de classification.
AS – Nous tâchons de rester ouverts à toutes sortes d'influences. Quand nous nous asseyons devant nos synthés et que nous commençons à jouer, nous explorons bien sûr un chemin ouvert avant nous par tous ces artistes connus, mais nous tâchons aussi de développer notre style à nous. En 25 ans d'existence, nous avons eu le temps de développer notre propre son.

Pyramid Peak live @ E-Day 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ E-Day 2014
Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez entendu ce type de musique ?

AM – Oui, j'étais encore un enfant. Ce sont mes parents qui m'ont fait écouter The Robots, de Kraftwerk. Puis Jean-Michel Jarre.
AS – Je regardais la série Cosmos 1999 à la télé. On pouvait y entendre ce genre de musique, dont j'ignorais tout à l'époque. La série n'était pas terrible, c'est vrai, mais je trouvais la musique fantastique.
Uwe Denzer – Oxygène, de Jean-Michel Jarre, a été l'un des premiers disques que j’ai possédé. Puis, dans les années 80, je me suis mis à écouter l’émission radiophonique de Winfrid Trenkler sur la WDR, Schwingungen. C'est là que tout a vraiment commencé pour moi, Je m'asseyais tous les jeudis soir devant la radio et j'enregistrais tout ce qu'il passait.
AS – Moi aussi, j’ai encore mes vieilles cassettes.
UD – Quand Mojave Plan, le premier morceau de White Eagle [1982], de Tangerine Dream, a retenti pour la première fois dans le poste, ça a été grandiose. Entendre en intégralité ce titre de 20 minutes, c’était énorme.

Quand vous êtes-vous dit : « Moi aussi, je veux faire de la musique » ? Que s'est-il passé ?

AS – Ecouter, ce n'était plus suffisant. A un moment naît en effet ce désir de produire soi-même de tels sons. On achète alors un petit synthé pas trop cher pour commencer. En gros : ce qu'un étudiant peut s’offrir. Andreas et moi avons éprouvé ce même besoin en même temps. Puis nous nous sommes rencontrés, tout à fait par hasard, en 1986. Un ami commun m’avait parlé d’un type qu’il connaissait et qui faisait le même genre de musique que moi. Il nous a présentés. Notre collaboration a débuté presque immédiatement après. Oui, c'est la musique qui nous a réunis.

Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer : Pyramid Peak @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Axel Stupplich, Uwe Denzer @ Dechenhöhle 2014
Que faites vous dans la vie ?

AM – Je suis travailleur indépendant.
AS – Je travaille dans la vente automobile pour une firme japonaise.
UD – Je suis manager dans une boîte d'informatique.

Sur votre site, votre discographie ne mentionne que neuf albums depuis 1998. Que s’est-il passé avant ?

AM – J’ai fait une pause pendant une assez longue période. Au début des années 90 [en 1991], j’ai tout arrêté, vendu tous mes instruments et je n’ai plus du tout touché à la musique pendant… presque dix ans, non ?
AS – Non, pas si longtemps ! [Andreas a rejoint la formation en 1998, qu'Uwe avait intégrée entretemps]
UD – Je ne faisais pas encore partie du groupe à ce moment-là. En fait, nous nous sommes connus parce qu’Axel et moi étions voisins à Leverkusen. Il avait son studio à la maison. Au milieu des années 90, nous avons commencé à jouer ensemble, jusqu’à ce qu’Andreas réintègre le groupe.

Où sont passés vos albums plus anciens, comme Fractals (1990) ou Sternenmusik (1990) ? On peut encore se les procurer quelque part ?

AM – Non, plus du tout. Ce sont des enregistrements sur cassettes. Les bandes originales n'existent même plus. Et nous ne souhaitons nullement repiquer ça sur CD aujourd’hui. Ça ne vaudrait pas le coup. D’abord parce que la qualité des enregistrements n’est pas à la hauteur. Surtout, notre son a beaucoup évolué depuis lors. Nous souhaitons laisser derrière nous toutes ces expériences du passé.

Sur quels instruments avez-vous débuté ?

AM – Nous avons commencé avec un expandeur Roland MT-32, parce que c’était l’un des rares instruments abordables pour notre budget si modeste. Je me suis ensuite acheté un Casio CZ-5000, qui coûtait tout de même à l’époque quelque chose comme 2000 marks. Je peux te dire que nous avons épargné longtemps pour nous acheter ces engins.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et aujourd'hui sur scène ?

AS – Nos situations professionnelles nous permettent à présent des investissements un peu plus conséquents. Aujourd’hui, j'avais apporté, entres autres, un Blofeld de Waldorf et un Roland Gaia, donc un synthé à modulation analogique virtuelle. Pas question de jouer ce soir avec de vrais synthés analogiques. De telles machines n’auraient pas aimé la température de la grotte [10°C]. Ça les aurait probablement détraquées.
AM – J'ai joué sur mon instrument préféré, le Virus TI.
UD – En tant que batteur, j'ai utilisé les pads Alesis Performance et le module Nord Drum, fabriqué par la firme Nord. J’avais aussi un Roland Juno-G, comme clavier pour les effets. Et il ne faut pas oublier le Nord Modular, un excellent synthé numérique.

Le rôle d’Uwe à la batterie est assez clair. Sinon, qui fait quoi sur scène ?

AM – Difficile de donner une réponse précise. Chacun apporte son propre jeu au travail de l'autre. L'un développe une séquence, l'autre y ajoute des nappes, et inversement. Nous fonctionnons ainsi depuis le début. A l’époque, chacun avait son ordinateur, son synthé, totalement indépendants les uns des autres. On jouait ensemble, c’est tout. A aucun moment nous n’avons eu conscience de mettre au point une manière précise de travailler. C’est pourtant elle qui fonctionne encore aujourd'hui à trois.
UD – Le principal, c’est que nous y prenions toujours autant de plaisir.

Pyramid Peak & Harald Nies live @ Electronic Circus 2013 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Electronic Circus 2013 (avec Harald Nies)
Racontez-moi un peu ce qui s'est passé sur scène lors de votre concert à l'Electronic Circus en 2013. Vous avez autopsié un synthé, c’est bien ça ?

AS – Absolument ! Nous venions de publier notre dernier CD, qui s'intitule Anatomy. Le nom nous était venu comme ça. Il ne faut pas lui chercher une signification très profonde. Sur la couverture du CD, nous avions déjà décidé de poser dans des costumes de chirurgiens. Nous nous sommes dit que nous pouvions aller plus loin sur scène, et c’est ainsi que nous nous sommes prêtés à cette mascarade : ouvrir les entrailles d'un synthé et procéder à cette autopsie. Ça faisait partie du show. Les organisateurs du Circus ont été emballés par l'idée.
UD – Eux-mêmes sont déjà très friands de déguisements et de ce genre de choses.

A part ce festival, où vous êtes-vous produits jusqu'ici ?

AS – Nous avons participé au Awakenings Festival en Angleterre en début d’année [le 8 mars 2014].
UD – Ce n’était pas notre première fois à l'étranger. Nous avions aussi joué chez Dave Law, de Synth Music Direct, lorsqu’il avait encore son festival, Alpha Centauri. Aux Pays-Bas, nous avons fait aussi le E-Live en 2005 et le E-Day cette année.
AM – En Allemagne, je crois que nous avons participé à tous les principaux événements : la Gartenparty à Hamm, le Grillfest au Grugapark de Essen, et les concerts de l'association Schallwende au planétarium de Bochum.
AS – Nous n’avons encore jamais joué en France, mais nous attendons avec impatience une invitation. Si tu as des contacts…

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Et n’oublions pas votre rendez-vous régulier ici-même, dans la grotte de Dechen.

AS – Nous nous y sommes produits pour la première fois en 2001.
UD – En gros, nous venons tous les deux ou trois ans.
AM – C'est la sixième fois aujourd’hui. Dans les années 80, nous avions déjà joué dans une grotte. Nous avions fait quelques essais, avec une caméra aussi, mais à l'époque, un vrai concert n'était pas réalisable. Nous n’avons pas renoncé pour autant. Il se trouve que le docteur Stefan Niggemann, qui est géologue et gérant de cette superbe grotte, se trouve aussi être un connaisseur de musique électronique.
AS – J’avais écrit à trois ou quatre responsables de grottes de ce type dans la région, et le docteur Niggemann a répondu presque instantanément. « Venez quand vous voulez ! » Il est fan de Klaus Schulze et Tangerine Dream. On ne pouvait pas mieux tomber.

Qui sont les visiteurs ?

UD – En grande partie, les fans habituels de musique électronique. Mais, dans la mesure où la grotte est connue dans la région, et que le concert était annoncé dans la presse locale, il y a vraisemblablement aussi quelques personnes ici qui découvrent seulement aujourd'hui de quoi il s'agit. Ou bien certains connaissaient peut-être déjà Pyramid Peak grâce à nos concerts précédents, mais découvrent en revanche BK&S.

Comment cette scène pourrait-elle atteindre un public différent, peut-être plus jeune ?

AS – J'y travaille. Les musiciens devraient faire plus d'enfants. J'ai amené les miens, aujourd'hui !
AM – C'est devenu compliqué, parce que les standards de l'électronique ont changé et que les médias s'intéressent désormais à tout autre chose. Le point culminant de ce style très particulier qui est le nôtre commence à dater. Le Klemdag de la grande époque rassemblait un millier de personnes à la fin des années 90 [l’ancêtre du E-Live aux Pays-Bas, organisé à l’époque par une association locale, Klem] !

Pyramid Peak CD covers / source : www.syngate.biz
Atmosphere (1998) (réédition Syngate 2009) – Anatomy (2013) – The Cave (2010)

Vous avez autoproduit tous vos disques, sauf l’un d’entre eux, The Cave, paru en 2010 chez Syngate. De quoi s’agit-il ?

AS – Il s'agit justement le fruit d'un concert que nous avons donné ici à Dechen en 2009.

Pouvez-vous déjà annoncer un prochain rendez-vous live ?

AS – Le 28 février, nous serons à la Güterhallen de Solingen à l’occasion d’une manifestation artistique. Un auteur procèdera à une lecture et nous fournirons l'accompagnement musical.
AM – La Güterhallen est un atelier d’art. Nous y avions déjà joué dans le passé. Nous avons noué d’excellents contacts avec plusieurs artistes, et nous avons hâte d'y être. Ça va être une expérience intéressante pour nous.

Travaillez-vous également à un nouvel album ?

AS – Il y aura bien un nouvel album, dès l’année prochaine. Il comprendra une partie de ce que nous avons interprété aujourd'hui. La grotte nous a souvent servi à cela. A chacun de nos concerts ici, nous avons joué des morceaux tout nouveaux en prévision d'un nouveau disque.



dimanche 26 octobre 2014

Pyramid Peak & BK&S live @ Dechenhöhle, Iserlohn, 25 octobre 2014


Depuis 2001, le trio de Leverkusen Pyramid Peak investit régulièrement la grotte de Dechen, à Iserlohn, pour faire résonner les voûtes, les orgues et les gours aux sonorités majestueuses de la musique électronique. Cette année, Pyramid Peak a su convaincre un autre trio bien connu, BK&S, de participer à un double concert sous les stalactites. L’endroit est idéal pour accueillir ce type de manifestation. Par 10°C, une centaine de personnes, connaisseurs ou visiteurs occasionnels, se sont retrouvées pour se laisser emporter par l’ambiance particulière des lieux, renforcée par de subtils et plaisants jeux de lumières.

 

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014
De gauche à droite : Mario Schönwälder, Andreas Morsch, Bas Broekhuis, Uwe Denzer, Axel Stupplich, Detlef Keller

Grotte de Dechen, Iserlohn, le 25 octobre 2014

Au premier abord, Pyramid Peak et BK&S explorent la même veine classique de la musique électronique. Leur approche, comme leur formation, se prêtent à la comparaison : deux trios, chacun munis d’un batteur dédié ; une large place laissée aux séquences typiques de la Berlin School, aux atmosphères et aux solos romantiques. L’opportunité de les voir jouer live le même jour permet toutefois de dissiper la confusion.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014
Axel Stupplich, Andreas Morsch et Uwe Denzer connaissent bien la grotte de Dechen. En incluant cette soirée, c’est la sixième fois que leur trio, Pyramid Peak, s’y produit depuis 2001. La formation tourne beaucoup : nous avons déjà eu deux occasions d’en parler : le festival Electronic Circus 2013 et le E-Day 2014. Incontestablement, Pyramid Peak fait partie des héritiers de la musique électronique classique allemande des années 70 : principalement la Berlin School de Tangerine Dream, mais aussi la Düsseldorf School de Kraftwerk. Les trois hommes, pourtant, s’éloignent du son brut de leurs aînés, de leurs sets improvisés et des ratés de l’analogique. Les morceaux de Pyramid Peak sont tirés au cordeau, plus léchés, mais aussi plus denses que ceux des gloires du passé. Axel, Andreas et Uwe font la musique que celles-ci auraient pu produire de nos jours, si elles avaient bien voulu rester fidèles à leurs racines. On reconnaît immédiatement les nappes planantes et les glorieux séquenceurs, qu’Axel et Andreas introduisent toujours avec intelligence et à propos. Mais Uwe, à la batterie électronique, y apporte une touche plus contemporaine, parfois plus rock. Le groupe offre à son public un set en partie inédit, qui laisse prévoir un nouvel album dans la droite ligne du précédent, Anatomy. Ce dernier fait d’ailleurs l’objet d’un second rappel mérité.

Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Andreas Morsch, Uwe Denzer, Axel Stupplich : Pyramid Peak live @ Dechenhöhle 2014

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
BK&S live @ Dechenhöhle 2014
Dans le public, plusieurs gens du cru ou simples habitués des manifestations de la grotte ne sont pas familiers de ce style musical très particulier. Il est possible qu’à leurs oreilles, la musique de Mario Schönwälder, Detlef Keller et Bas Broekhuis ne soit pas si différente de celle de Pyramid Peak. Les aficionados, eux, ont aujourd’hui la chance de comparer. De loin, l’instrumentation paraît identique. Comme Uwe Denzer, Bas Broekhuis s’installe derrière ses pads de percussions, tandis que Mario et Detlef s’entourent de synthés, comme Axel et Andreas avant eux. Mais la dimension rock, perceptible dans la prestation de Pyramid Peak, est absente de celle de BK&S. Bas est un batteur – ses premières mesures nous le prouvent – mais c’est aussi un percussionniste capable d’explorer des ambiances plus légères. Broekhuis, Keller & Schönwälder perpétuent la tradition d’une Berlin School presque pure. Ce soir, ils gratifient l’audience d’une pièce d’un seul tenant dont la dernière partie montre leur maîtrise des séquences entrelacées. Quant à la conclusion, sans rythme, sans séquence, elle consiste en un impressionnant dialogue entre Detlef au Jupiter 80 et Mario au Memotron. Ce soir, Mario Schönwälder utilise en effet pour la première fois sur scène la version rack de cet instrument développé par Manikin Electronic. La chaleur du mellotron, voilà ce qui confère à BK&S une partie de son identité.

BK&S live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Bas Broekhuis, Detlef Keller, Mario Schönwälder : BK&S live @ Dechenhöhle 2014

Pyramid Peak & BKS live @ Dechenhöhle 2014 / photo S. Mazars
Le public dans la grotte
Dans cette grotte frigorifiée, une telle chaleur ne pouvait être que bienvenue. Après le soundcheck, les musiciens avaient dû bâcher leurs instruments afin de les protéger des gouttes d’eau dont suintent les stalactites. Au cours des deux concerts, il n’a pas été rare de voir l’un ou l’autre essuyer méticuleusement son clavier. Mais les 10°C ont vite été oubliés à l’issue du show de BK&S, lorsque les deux formations se sont réunies pour une jam session mémorable. De toute évidence, les six hommes, presque aussi serrés sur leur « scène » que le public sous la voûte de la caverne, avaient prémédité leur coup. Cet ultime morceau laisse-t-il présager d’une future collaboration ? Quoi qu’il en soit, on peut se laisser aller à rêver que la grotte de Dechen devienne à l’avenir un rendez-vous régulier de la musique électronique en Allemagne.


vendredi 24 octobre 2014

The Roswell Incident : les nouveaux maîtres de la Berlin School


Originaires de Gand, en Belgique, les frères Koen et Jan Buytaert, ont été bercés dans les années 70 aux sons des maîtres allemands de la musique électronique. Leur duo, The Roswell Incident, explore une facette particulièrement sombre de cette Berlin School, que de nombreux aficionados n'ont pu découvrir chez eux que tardivement, lors de la prestation du groupe au B-Wave Festival en 2013. Un an plus tard, Ron Boots les invitait à participer au E-Live, où leurs séquences imposantes et leurs constructions colossales ont une fois de plus fait l'unanimité. Mais qui sont-ils vraiment ? Les deux frères racontaient leur cheminement musical sitôt après leur show à Oirschot.

 

Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014

Oirschot, le 18 octobre 2014

La musique électronique, c'est un trait de famille ?

Koen Buytaert – Non, je ne crois pas. Notre père aimait la musique classique et l'opéra. Il jouait aussi de l'orgue. On en avait un petit à la maison.
Jan Buytaert – Attention, il a aussi assisté à un concert de Klaus Schulze avec nous : le fameux concert en la cathédrale Saint Michel d'Anvers [le 17 octobre 1977]. C'est nous qui l'avions amené, et ça lui avait plu.
KB – Exact ! J'avais 16 ou 17 ans.
JB – Et moi 9.

Oui, mais si ce n'est pas lui, qui a introduit la musique électronique à la maison ?

KB – Ce doit être moi. J'ai un goût pour les choses un peu spéciales. Le tout premier disque que j'ai acheté était Atom Heart Mother [1970] de Pink Floyd. Dans le genre « spécial », ça va déjà loin, mais je recherchais quelque chose d'encore plus radical. Le jour où j'ai déniché Rubycon [1975] de Tangerine Dream, dans un petit magasin de disques, ça a été une révélation. Voilà exactement ce que j'aime : l'atmosphère, le côté répétitif, sans percussions, mais en séquences. C'est une musique que je n'avais jamais entendue auparavant.
JB – Normal : ce genre débutait à peine à l'époque. Après Tangerine Dream, nous avons commencé à suivre tous les autres : Klaus Schulze, Ashra, etc.
KB – Nous avions aussi la chance de capter une émission de radio flamande, « Musique du cosmos », qui ne diffusait que de la musique électronique tous les mercredis soir, de 10 h à 11 h. Ça doit remonter à 1977-78. Quand nous étions plus jeunes, la chambre de Jan était située juste en face de la mienne. Les soirs où je m'absentais pour faire la fête, il entrait dans ma chambre et il écoutait au casque mes disques de musique électronique. C'est comme ça que je l'ai influencé.
JB –  Et quand tu rentrais, à 5 heures du matin, j'y étais encore.

Koen Buytaert : The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Koen Buytaert
Selon vous, faut-il toujours chercher à innover ou essayer au contraire de cultiver toujours le même sillon ?

JB – Nous sommes sous influence, c'est une évidence. Mais nous nous efforçons aussi de créer notre propre style. Par exemple, Free System Projekt tente de se rapprocher le plus possible des séquences, des sons et des textures de Tangerine Dream et de Klaus Schulze. De notre côté, nous tâchons de développer nos propres sons, de nous éloigner des presets trop classiques.

Vous reconnaissez-vous dans la notion de Berlin School ?

JB – Regarde ce qui est écrit sur nos t-shirts : « The Roswell Incident – Berlin School Sequencing ». Nous avons notre style, mais la méthode est la même. Nous créons notre musique en direct, simplement en jouant côte à côte. Et ça vient tout seul comme ça depuis vingt ans. J'en suis encore surpris.
KB – Open Your Eyes, le premier morceau de l'album The Crash [2010], a été enregistré en une seule prise. Par la suite, nous avons plusieurs fois tenté de le rejouer à l'identique, mais c'est impossible. Je peux bien commencer, mais au bout de quelques minutes, nous dévions invariablement vers autre chose. Nous étions si satisfaits de cette session que nous l'avons utilisée telle quelle pour la sortie du CD (bon : après avoir enlevé tout de même quelques fausses notes). Depuis, nous n'avons jamais rejoué Open Your Eyes.
JB – Les solos sont toujours différents. Pour jouer Escape aujourd'hui, il m'a fallu réécouter le disque à la maison afin de me rafraîchir la mémoire.

Jan Buytaert : The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jan Buytaert
Il y a de très grandes différences entre les artistes qui se réclament de la Berlin School. Les Allemands sont connus pour leur romantisme alors que les Néerlandais sont plus joyeux. Quant à vous, je vous trouve beaucoup plus sombres.

KB – Oui, absolument.
JB – Je suis un peu romantique, quand même. La preuve : j'aime aussi Kitaro et Vangelis. Mais tu as raison : dans une atmosphère aussi noire, le défi, pour moi, consiste à parvenir malgré tout à créer des mélodies. Quand j'improvise et que Koen ne bronche pas à côté de moi, ça veut dire que c'est bon !
KB – Parce que je n'aime pas trop les mélodies. J'aime les soundscapes et les drones de l'ambient music, celle de Dirk Serries et Robert Rich. C'est pourquoi nos morceaux débutent souvent – et s'achèvent parfois aussi – par des atmosphères très ambient.

Comment est né le groupe ?

JB – Jusqu'à présent, nous avons enregistré à la maison l'équivalent d'une vingtaine de disques. Mais au départ, ce n'était que pour nous.
KB – En réalité, c'est Jan qui a eu le premier un synthétiseur, un Korg MS-20. De mon côté, j'étais déjà marié quand j'ai commencé à acheter des synthés. On a d'abord fait de la musique pour des pièces de théâtre amateur un peu absurdes, des comédies de boulevard. Ça n'avait rien à voir avec la musique électronique, mais en tout cas, c'est pour cette raison que j'ai eu besoin d'un synthétiseur au départ. Notre musique figure également sur un documentaire animalier consacré aux singes.
JB – J'ai un temps été clavier dans un groupe de rock. On jouait des titres comme Mr. Kiss Kiss, Bang Bang, la chanson de James Bond, avec trompettes, violons, et tout le reste. En 2004, nous avons assisté, pour la première fois depuis longtemps, à un concert de musique électronique. Nous étions dans la salle, nous écoutions la musique qui était proposée. A un moment, on s'est regardés et on s'est dit : « franchement : pourquoi pas nous ? »
KB – J'avais un peu perdu le contact avec cette scène quand Schulze et Tangerine Dream sont devenus plus commerciaux. Stratosfear, d'accord, Force Majeure, oui, mais après, leur musique est devenue trop mélodieuse pour moi. Il n'y avait pas Internet, donc nous n'avions jamais entendu parler de l'association Klem, aux Pays-Bas. Je n'ai repris contact que vers l'an 2000, grâce au Alpha Centauri Festival d'Eric Snelders. A notre tour, nous nous sommes mis à organiser des concerts, les Majestic Concerts, chez nous, à Gand. Age a été le premier groupe à s'y produire, puis nous avons invité Free System Projekt, qui en a tiré le CD et le DVD intitulé Gent. Enfin, nous avons organisé un autre événement, Much Ado About Noise, toujours à Gand [le 20 mai 2006], avec cinq ou six artistes de la scène belge : Planets Citizens, Zool, Alain Kinet, Shoda et… nous : The Roswell Incident.
JB – C'était très modeste. Le public regroupait essentiellement les familles des participants.
KB – Dirk Serries était dans la salle. Ça partait dans tous les sens. L'un des artistes se servait même d'un gros bidon de pétrole en guise d'instrument.

Jan Buytaert, Koen Buytaert : The Roswell Incident @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident @ E-Live 2014
Que faites-vous dans la vie ?

KB – Je suis professeur de mathématiques et de physique.
JB – Je suis ingénieur et consultant en TIC dans l'enseignement.

Ces activités scientifiques et techniques vont-elles de pair avec votre musique ?

KB – Nous n'utilisons pas de formules mathématiques pour composer de la musique, si c'est ce à quoi tu fais allusion. On pourrait essayer.
JB – Ah non !
KB – Mais il y a quand même un lien, dans la mesure où la musique électronique consiste aussi à maîtriser des instruments, installer des appareils, brancher des machines.
JB – Et même ça, ça ne fonctionne pas toujours. Aujourd'hui, en plein milieu du concert, les programmes ont refusé de se charger automatiquement d'un morceau à l'autre. J'ai dû tout reparamétrer manuellement. J'imagine que tout le monde l'a remarqué.

Votre nom suggère un intérêt pour un thème majeur de la science-fiction : le crash de Roswell, les extraterrestres. Est-ce une passion ?

KB – Nous sommes tous les deux très fans de science-fiction : les classiques, bien sûr, comme Van Vogt, Asimov ou Hamilton. Mais aussi Jack McDevitt, qui s'est fait une spécialité des enquêtes xénoarchéologiques.
JB – On peut aussi citer Dan Simmons Alastair Reynolds, Ian Banks : de la vraie science-fiction, pas de la fantasy.
KB – On joue aussi à des jeux de rôle, des wargames, des jeux de carte sur le thème de la science-fiction, en particulier un jeu qui s'appelle Netrunner et dont le sujet tourne aussi autour du monde de l'informatique.
JB – De vrais enfants, hein ?

Si j'ai bien compris, The Crash est le premier album d'une trilogie consacrée à Roswell.

JB – Après The Crash, en 2010, nous avons sorti Hunted fin 2013, puis Escape [2014], la version studio de notre concert au B-Wave.
KB – Dans notre histoire, à la fin d'Escape, l'alien retourne d'où il vient, dans les étoiles.

The Roswell Incident CD covers
The Roswell Incident – The Crash (2010) / Hunted (2013) / Escape (2014)

Qui est le responsable du design des albums ?

KB – C'est Alain Kinet. Tout ce qu'il fait correspond exactement à notre univers. C'est une rencontre parfaite. Chaque dernier dimanche de chaque mois, nous essayons aussi de faire de la musique ensemble. On a déjà enregistré pas mal de morceaux. Qui sait, peut-être allons-nous en faire quelque chose un jour.
JB – Nos t-shirts aussi sont de lui. La mention : « Berlin School Sequencing », c'était son idée.

Pourquoi avoir choisi de tout fabriquer vous-mêmes, de ne pas travailler avec un label ?

KB – Pour rester libres de faire ce qui nous plaît. Si nous ne rencontrons pas le succès, alors tant pis. Mais au moins, nous faisons exactement ce que nous aimons.

Depuis votre prestation live au premier B-Wave, vous avez pris une nouvelle dimension. On parle beaucoup de vous également en Allemagne. Mais on vous y voit peu. Pourquoi ?

KB – Nous viendrons volontiers si on nous invite. Cette année, nous aurions également voulu assister au festival Electronic Circus, mais c'était il y a deux semaines, à une date vraiment trop rapprochée du E-Live. Nous étions en pleines répétitions. Il faut dire que nous avons un peu tendance à tout faire à la dernière minute. C'est l'un de nos points communs.
JB – Hier, très tard, on répétait encore.

The Roswell Incident live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
The Roswell Incident live @ E-Live 2014
Que représente à vos yeux l'opportunité de jouer ce soir avant Manuel Göttsching ?

KB – C'est chic !
JB – Comme au B-Wave juste avant Ian Boddy. Mais ni Ian ni Manuel n'ont assisté à nos concerts.

Que manque-t-il pour attirer un public plus jeune ?

KB – Une plateforme comme la radio. Internet ? Ça ne fonctionne pas, tout simplement parce qu'on s'y perd. Il manque aussi des festivals, comme le festival Tomorrowland en Belgique. C'est aussi de la musique électronique, mais dans un autre style. Il faudrait pouvoir établir des ponts entre les différents styles.

Pour finir, quels sont vos projets ?

JB – Nous allons probablement participer au prochain festival Cosmic Nights en mai 2015 au planétarium de Bruxelles. Après, nous aimerions bien nous produire en Allemagne et – pourquoi pas ? – en France.
KB – En Angleterre, le Awakening Festival avait organisé au mois de septembre une spéciale Pays-Bas. Peut-être y aura-t-il aussi un jour une spéciale Belgique ?
JB – Nous ne recherchons pas des dates à tout prix, mais si on nous sollicite, nous dirons oui.
KB – Nous aimerions aussi participer aux fêtes de Gand : une grande manifestation culturelle et musicale qui mobilise toute la ville pendant dix jours et dix nuits au mois juillet, depuis une cinquantaine d'années. Il y a de tout, des concerts, des artistes belges. Tout gratuit. Tout en plein air. J'ai donné notre musique à l'un des organisateurs à tout hasard. Et l'année prochaine, nous publierons peut-être un nouvel album.
JB – L'un des morceaux que nous avons interprété aujourd'hui en fera peut-être partie.


jeudi 23 octobre 2014

Synthex : le nouvel espoir de la scène électronique


Synthex – Jeffrey Haster de son vrai nom – a surgi sur la scène électronique néerlandaise en 2012, avec un premier album intitulé Pythagoras. Invité par Ron Boots à se produire en marge du E-Day en avril 2013, aux côtés de Gert Emmens, il publiait en octobre son second disque, Mirrorland, à l’occasion du E-Live 2013. Un an plus tard, il lui revient d’ouvrir l’édition 2014 du même festival, et donc d’en partager l’affiche avec le grand Manuel Göttsching. Un honneur pour le jeune garçon. Car Synthex n’a que 16 ans. Et tout roule pour lui depuis que Ron Boots, le parrain de la musique électronique aux Pays-Bas, en a fait son petit protégé. Jeffrey s’en expliquait juste après sa prestation.

 

Synthex live @ E-Live 2014 (lors du soundcheck) / photo : Andre Stooker
Synthex live @ E-Live 2014 (photo : Andre Stooker)

Oirschot, le 18 octobre 2014

Quel âge as-tu Jeffrey ?

Synthex – J’ai 16 ans. Je suis né en 1998 à Eindhoven, où j’habite encore aujourd’hui.

Que signifie ton nom d’artiste ?

Synthex – Il n’a pas de signification particulière. Quand est venu le moment de choisir un nom de scène, j’ai choisi Synthex en référence à un synthétiseur qui s’appelait le Elka Synthex, un appareil génial dont j’aurais bien aimé posséder un exemplaire. J’ai eu la chance de jouer sur l’un d’entre eux lorsque je suis allé visiter le studio de Michel van Osenbruggen.

Qu’est-ce qui t’as poussé vers l’univers des synthétiseurs ?

Synthex – Depuis que je suis petit, je veux devenir musicien, parce c’est la classe ! J’ai toujours fait de la musique, aussi loin que je me souvienne. Mais j’ai véritablement commencé à jouer sur des synthés en 2011, à l’âge de 12 ans. C’est mon père qui m’a fait découvrir la musique électronique, Jean-Michel Jarre, Vangelis, mais aussi le rock progressif. Il en connaît un rayon. Il est allé à de très nombreux concerts.

Synthex @ Apollo Studio 2012 / photo : Marcel Haster
Synthex en 2012 dans le studio Apollo de Michel van Osenbruggen
(photo : Marcel Haster)
Qui t’a le plus influencé ?

Synthex – Oh ça, c’est très simple : Jarre !

Tu en parlais à l’instant : tu as été l’un des rares privilégiés à avoir le droit de pénétrer dans le studio Apollo de Michel van Osenbruggen alias Synth.nl. C’était comment ?

Synthex – Indescriptible. Dès le moment où je suis entré, j’ai vu cette collection. Michel a des centaines de synthés. Je voulais jouer sur tous à la fois. Je ne savais plus quoi faire, parce que je n’ai que deux mains. C’était formidable. Il a tous les classiques, dont le fameux Synthex.

Ton premier album Pythagoras, remonte déjà à deux ans. Le titre est-il lié… à tes cours de math ?

Synthex – Haha, non, non ! En réalité, je ne me souviens plus d’où vient ce nom. J’ai commencé à enregistrer ce disque chez un ami. En fait, je suis allé chez lui parce qu’il avait un synthé. J’ai joué quelques morceaux, il les a enregistrés sur son ordinateur puis gravés sur un CD. J’étais content, je pouvais dire : « Eh ! J’ai fait un album ! ». Mais je ne saurais plus dire pourquoi je l’ai nommé Pythagoras. C’est un nom que j’aime bien, c’est tout. Ce n’est pas lié aux maths. Je ne suis pas un grand fan de maths.

Synthex - Pythagoras (2012) / source : cue-records.de
Synthex – Pythagoras (2012)
Quels instruments utilises-tu sur Pythagoras ?

Synthex – Presque que des synthétiseurs. La quasi-totalité de l’album a été réalisée sur mon Roland XP-80, tout simplement parce que c’était le seul instrument que je possédais à l’époque. J’ai aussi utilisé un piano et, sur une des pistes, un xylophone et un mélodica, que j’ai enregistrés avec un simple micro, pas du tout dans des conditions professionnelles.

Aujourd’hui, chacun a pu constater ta dextérité au piano. Tu as manifestement suivi des leçons, non ?

Synthex – J’ai suivi des cours, oui, mais j’avais commencé à jouer bien avant. Ces leçons n’ont eu pour objectif principal que d’améliorer ma technique, et en particulier de m’apprendre à utiliser beaucoup plus la main gauche.

Ron Boots a joué un rôle important dans ton développement musical. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Synthex – Mon père connaissait Ron. Quand il est devenu évident que les possibilités du piano étaient trop limitées, pas assez intéressantes à explorer, il est allé sur un forum néerlandais dédié aux synthés, dans l’objectif de m’en acheter un. Après enquête, il me restait le choix entre un Yamaha CS1X et le Roland XP-80. Mon père a demandé à Ron ce qu’il choisirait, lui. Ron a tout de suite répondu : le Roland. Nous lui avons rendu visite à i4-Muzique, le magasin de musique où il travaille à Eindhoven. C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. Il m’a entendu jouer ; je lui ai dis : « J’ai fait un CD. Accepterais-tu de le publier ? », et il a répondu oui.

Synthex - Mirrorland (2012) / source : cue-records.de
Synthex – Mirrorland (2013)
L’année dernière a suivi un second album, Mirrorland. En quoi est-il différent du premier ?

Synthex – Je pense que la manière dont je compose a un peu changé. Tout ce qui figure sur le premier disque a été enregistré en audio uniquement. Je joue, et ce que je joue se retrouve sur l’album, sans ajout ni édition. Sur Mirrorland, j’ai essayé de faire pareil autant que possible, de jouer live le plus possible. Mais comme j’utilise plus d’instruments, il y a quand même un peu de travail d’édition. J’y ai aussi consacré plus de temps. En bref, je dirais que si le premier album était plus expérimental, le second est plus structuré.

Tu consacres beaucoup de temps à ta musique ?

Synthex – Beaucoup. Et pourtant, je dois aussi aller à l’école, donc je ne peux pas y consacrer tous mes efforts. Mais dès que je n’ai pas trop de devoirs, tout mon temps libre y passe. Pour un concert comme celui-ci, je me suis préparé pendant plusieurs semaines.

Synthex en 2010 / photo : Barbara Haster
Synthex à ses débuts en 2010
(photo : Barbara Haster)
De toute évidence, ton père est ton premier fan. Mais comment réagit le reste de la famille ?

Synthex – Ils aiment beaucoup ce que je fais et ils me soutiennent. J’en ai besoin. Mes grands-parents aussi. Ils sont venus aujourd’hui, tout comme ils étaient venus lors de mon premier concert.

Ça se passe bien, en classe ?

Synthex – Oui. J’ai réussi mes derniers examens partiels. Les examens finaux se dérouleront à l’issue de l’année scolaire.

Que pensent tes camarades de tes activités musicales ?

Synthex – Je leur ai fait un peu écouter ma musique. Ils trouvent ça cool, bien sûr, même si la plupart ne sont pas fans de ce genre de musique. Mais ils aiment, oui. Quelques-uns de mes amis sont même venus aujourd’hui.

Selon toi, pourquoi cette scène n’attire-t-elle pas plus de jeunes comme toi ?

Synthex – Ce n’est plus une musique très tendance de nos jours. J’aimerais que d’autres jeunes de mon âge s’y intéressent, c’est sûr, parce qu’avec tous les nouveaux outils disponibles de nos jours, conçus pour créer ce type de musique, ils s’amuseraient bien. Mais la plupart sont à fond dans le mainstream. Pas moi.

Synthex live @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Synthex live @ E-Live 2014
Qu’est-ce que ça fait de jouer juste avant le grand Manuel Göttsching ?

Synthex – J’en suis ravi. C’est une chance énorme, et un jour spécial pour moi. Quel privilège de me produire sur la même scène que Manuel Göttsching, même si ce n’est pas à la même heure !

Des quatre artistes présents sur scène aujourd’hui, tu avais sans doute le matériel le plus volumineux.

Synthex – Oui. A part mon ordinateur, j’ai déplacé tout mon studio : mon instrument principal, le Roland XP-80, évidemment, mon Gem S2, mon Korg MS-20. J’ai aussi emprunté à Ron un clavier Nord Stage 2. C’est un appareil qu’on reconnaît à sa couleur rouge. Lors de mon précédent concert il y a un an et demi dans la petite salle, j’avais apporté mon ordinateur, parce que je devais synchroniser une piste de métronome avec la piste playback pour Gert Emmens, qui m’accompagnait alors à la batterie. Sans cela, je n’ai pas besoin de PC sur scène. Et puis, je ne voulais pas le trimballer jusqu’ici.

Synthex live @ E-Day 2013 / photo : Barbara Haster
Synthex live @ E-Day 2013 (photo : Barbara Haster)
Quelle sera ta prochaine étape ?

Synthex – Je n’ai pas l’intention de m’arrêter après deux disques. Donc j’ai déjà prévu un nouvel album. Mais je ne sais vraiment pas quand il sera prêt. Cela dit, le travail suit son cours. Par exemple, le dernier titre de mon concert, juste avant le rappel, figurera sur le disque.

Aimerais-tu continuer la musique ?

Synthex – Si c’était possible, j’adorerais devenir musicien professionnel. Mais je sais qu’il est très difficile de gagner sa vie avec ce genre de musique. C’est même virtuellement impossible. Pourquoi pas un job comme celui de Ron ? Mais je ne veux pas me mettre la pression. S’il y a de la pression, si tu dois à tout prix sortir un disque parce que c’est ta seule possibilité de gagner de l’argent, alors je crois que ça affecte toujours la musique de manière négative.

Jeffrey Haster alias Synthex @ E-Live 2014 / photo S. Mazars
Jeffrey Haster alias Synthex à l'issue du E-Live 2014
Et aujourd’hui ? La pression, tu l’as ressentie ?

Synthex – J’étais nerveux avant d’entrer en scène. J’attendais en coulisses pendant l’introduction interminable de Ron Boots. Quand il a annoncé mon nom, je me suis dit « Oh c’est mon tour ! » Je suis entré en scène et j’ai vu tous ces gens. Quel frisson !