dimanche 25 mai 2014

Tangerine Dream live @ Le Trianon, Paris, Phaedra Farewell Tour, 22 mai 2014


Quarante ans après la sortie de l’album fondateur Phaedra, Tangerine Dream lançait au Trianon, à Paris, la première étape de son Phaedra Farewell Tour, une tournée qui devait également mener le groupe à Londres, aux Pays-Bas, un peu partout en Allemagne, en Autriche, et en Pologne, pour s’achever à Turin, en Italie, le 6 juin. Après le succès de la bande originale de GTA V, mais aussi de la ressortie en édition augmentée de celle de Sorcerer (enregistrée en 1976 pour l’excellent film de William Friedkin), le futur de Tangerine Dream pourrait bientôt moins rimer avec la scène qu’avec le studio. Ou les B-O...

 

Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014 / photo S. Mazars
Phaedra Farewell Tour – Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014

Paris, le 22 mai 2014

Avec ce Phaedra Farewell Tour, Tangerine Dream se lance dans une « tournée d’adieux » non au public mais plutôt aux tournées. Edgar Froese, qui fêtera le 6 juin ses 70 ans, fondateur du groupe en 1967, souhaite désormais se concentrer sur des événements uniques, plus sporadiques, mais aussi plus spectaculaires, comme ce concert à Tenerife en 2011 avec Brian May ; la première de Sorcerer à Copenhague, le 3 avril dernier, qui a permis à Tangerine Dream de réinterpréter intégralement sur scène la célèbre bande originale du film de William Friedkin, en présence du réalisateur ; ou la plus récente Cruise to the Edge, une semaine de croisière aux Caraïbes avec la crème du rock progressif, dont Yes, Marillion, Steve Hackett, Queensrÿche et donc Tangerine Dream.

Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014, Edgar Froese et Thorsten Quaeschning / photo S. Mazars
Edgar Froese et Thorsten Quaeschning
Comme à Copenhague le mois précédent, le groupe se présente au Trianon sans son guitariste Bernhard Beibl, parti vers d’autres horizons, si bien que les deux Berlinois Edgar Froese et Thorsten Quaeschning se retrouvent en excellente compagnie, entourés de la saxophoniste Linda Spa, de la percussionniste Iris Camaa et de la dernière recrue en date (embauchée en 2011 pour un concert à Manchester), la violoniste japonaise Hoshiko Yamane, que les fans de Jane Birkin connaissent bien. Après quelques petits problèmes techniques rencontrés avant la levée du rideau et qui inspirent à l’un des spectateurs l’exclamation très à propos : « C’est un coup de Jean-Michel Jarre ! », pas loin de 900 inconditionnels assistent alors à une revue de quarante ans de répertoire répartie sur deux sets d’une heure.
Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014, Hoshiko Yamane / photo S. Mazars
Hoshiko Yamane
Edgar Froese s’est à tel point fait une spécialité de la mise au goût du jour de ses anciens albums, qu’une oreille non avertie aurait du mal à distinguer stylistiquement le matériel le plus ancien de ses compositions les plus récentes. Aux deux extraits de Sorcerer repris ce soir-là (Grind et Betrayal) répondent en effet un titre de l’avant-dernier album studio, The Castle (d’après Kafka), et un autre de GTA V, dont Tangerine Dream a cosigné le score l’année dernière. Tous auraient pu être écrits cette année. Un album était curieusement absent de la tracklist de ce concert d’ouverture du Phaedra Farewell Tour : Phaedra lui-même. Peut-être aurait-il fait l’objet du rappel qui a tant manqué aux fans ? Le soir même, le groupe se précipitait en effet à Londres, attendu dès le lendemain au Shepherd's Bush Empire, l’une de ses salles favorites outre-Manche, où Phaedra n’a pas été oublié, cette-fois.

Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014 / photo S. Mazars
Iris Camaa
Parmi les temps forts, outre les deux passages de Sorcerer, très applaudis, on retiendra une version complète assez rare de Sphinx Lightning (le fantastique dernier titre du dernier album réalisé pour Virgin en 1983, Hyperborea), mais aussi une puissante interprétation de Sleeping Watches Snoring In Silence (2007), qui ne peut qu’inspirer la réflexion suivante, paradoxale compte tenu du titre du morceau : Tangerine Dream n’a plus rien d’un groupe de rock « planant », comme il est encore si souvent qualifié : Edgar Froese et cie jouent très fort ! Notons aussi les performances individuelles des acteurs, comme cet exercice de danse buto d’Iris Camaa en début de second set, le solo de saxophone de Linda Spa sur Oriental Haze, qui lui permet de quitter enfin son estrade pour tenir l’avant-scène, et les très discrètes interventions de Hoshiko Yamane, la violoniste étant hélas souvent la première masquées par les fumigènes.
Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014, Linda Spa / photo S. Mazars
Linda Spa
Les deux hommes sont les plus sobres. Edgar, qui n’a jamais été très démonstratif, sans doute aussi encore gêné par sa récente fracture de la mâchoire, s’exprime finalement comme il l’a toujours fait : en musique. Son solo de guitare sur Hermaphrodite (extrait de Finnegans Wake, 2011) montre à quel point il a toujours utilisé cet instrument de façon singulière. Et s’il fallait retenir un seul son caractéristique de Tangerine Dream, un son qui a traversé le temps, qui n’a jamais eu besoin d’une mise à jour, jamais été altéré ni par les modes ni par les révolutions technologiques que le groupe a connues au cours de son histoire, alors il s’agirait sans doute du toucher de guitare si singulier, si personnel d’Edgar Froese.

Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014, Edgar Froese / photo S. Mazars
Edgar Froese
Set list : Odd Welcome. – Burning the Bad Seal. – The Midnight Trail. – Betrayal (Sorcerer Theme). – Twilight in Abidjan. – Hermaphrodite. – Sleeping Watches Snoring in Silence. – Song of the Whale, Part One : From Dusk. – Horizon (section 1). – Sphinx Lightning – [pause] Josephine the Mouse Singer. – Logos Blue. – Alchemy of the Heart. – Grind. – Warsaw in the Sun. – Oriental Haze. – Three Bikes in the Sky. – Das Mädchen auf der Treppe. – Marmontel Riding on a Clef. – Trauma.