jeudi 21 novembre 2013

Bernd Kistenmacher & Picture Palace music live @ Planetarium am Insulaner, Berlin, 16 novembre 2013

 

Le 16 novembre 2013, le Zeiss Planetarium de Berlin accueillait le premier des trois concerts du champion de la Berlin School Bernd Kistenmacher, destinés à accompagner la sortie d’Utopia, son nouvel album, le premier chez Groove Unlimited. C’est également sur le label néerlandais que vient de sortir Remnants, le dernier CD de Picture Palace music, projet parallèle très personnel de Thorsten Quaeschning, partenaire d’Edgar Froese au sein de Tangerine Dream depuis 2005. Avec Picture Palace music, Thorsten assurait la première partie du show avant de rejoindre Bernd sur scène en tant que guitariste d'appoint.

 

Bernd Kistenmacher - Utopia / source : bernd-kistenmacher.blogspot.com
Berlin, le 16 novembre 2013

C'est bien entouré, dans les locaux de la UfaFabrik à Tempelhof, que Bernd Kistenmacher a enregistré Utopia. A ses côtés : le fantasque violoniste berlinois Tthomthom Geigenschrey, le légendaire batteur d'Agitation Free Burghard Rausch, mais aussi la chanteuse grecque Vana Verouti. Cette dernière s'est notamment illustrée dans son pays aux côtés du compositeur contemporain Mikis Theodorakis. Mais pour les amateurs de musique électronique, elle restera à jamais la voix de Heaven and Hell (1975), le mythique album de Vangelis. Vana Verouti, qui intervient sur la chanson-titre du disque de Bernd Kistenmacher, ne participe pas à la tournée, tout comme Burghard Rausch, qu'un accident fâcheux a condamné au repos. En revanche, Thorsten Quaeschning, alias Q, qui a pris part à l’album, non seulement accompagne Bernd Kistenmacher à la guitare sur la tournée, mais il assure également la première partie avec son groupe, Picture Palace music. En somme, comme aux temps glorieux des majors, il s’agit d’une tournée commune de deux artistes estampillés Groove, chez qui l’un et l’autre ont publié leur dernière production.

Picture Palace music - Remnants / source : Picture-Palace-music@Facebook
Picture Palace music n’est pas n’importe quel groupe. Initié par Q en 2003, couvert d’éloges depuis (trois Schallwelle Awards consécutifs du Meilleur Artiste de 2011 à 2013), il profite de la tournée des planétariums de Bernd Kistenmacher pour promouvoir son dernier disque, la bande originale d’un documentaire conçu pour un tel dispositif : Remnants, de Grant Wakefield. Le film se propose d’explorer en time-lapse les vestiges de la civilisation néolithique dans les îles Britanniques. Tourné en Irlande, en Ecosse et bien sûr à Stonehenge, il s’inscrit clairement dans la lignée de Koyaanisqatsi (1982) de Godfrey Reggio. Sur la scène du planétarium, Picture Palace music interprète ainsi en direct la bande son tandis que le film lui-même est projeté en intégralité au plafond, dans sa fulldome version.

Picture Palace music : Jürgen Heidemann, Thorsten Spiller, Chris Hausl, Mirko Rizzello, Thorsten Quaeschning, Sebastian Sadowski / photo S. Mazars
Picture Palace music
Mais comment ne pas jeter également un regard sur les musiciens ? Avec ses airs de chanteur d’opéra, le charismatique Thorsten Quaeschning fait la démonstration d’une belle présence. Il se montre ainsi bien plus exubérant qu’avec Tangerine Dream ou, une heure plus tard, aux côtés de Bernd Kistenmacher. Quant à la musique de Remnants, sa proximité avec la production contemporaine de Tangerine Dream oblige peut-être à reconsidérer à la hausse l'influence de Q sur le groupe d’Edgar Froese, qu’il a rejoint en 2005. Il faut dire qu’en matière de musique électronique, l’instrument fait souvent le larron. Q a ses préférences : ce soir, il se déchaîne sur son Access Virus et sur le Memotron de Manikin Electronic. La firme berlinoise est d’ailleurs représentée dans l’assistance par l’un de ses deux fondateurs, Thorsten Feuerherdt. A l’image du film, la prestation de Picture Palace music se construit comme un vaste crescendo, jusqu’à ce final explosif et parfaitement inattendu. Il est clair que le groupe est fait pour ce genre d’exercice. Nous reparlerons prochainement de Picture Palace music et de son concept si singulier.

Bernd Kistenmacher, Tthomthom Geigenschrey, Planetarium am Insulaner Berlin / photo S. Mazars
Bernd Kistenmacher sous le dôme, avec Tthomthom Geigenschrey
Après une courte pause, c’est au tour de Bernd Kistenmacher de présenter son nouvel album, Utopia. Mirko Rizzello à la batterie (en remplacement de Burghard Rausch, donc), mais aussi Tthomthom Geigenschrey au violon et Thorsten Quaeschning à la guitare s’organisent autour de cette scène si encombrée que les deux derniers vont plutôt jouer à côté de l’estrade. Ou carrément dans le public, comme Tthomthom Geigenschrey, si concentré qu’il ne se formalisera même pas lorsque l’un de ses fils, assis au premier rang, s’amusera à lui taper gentiment sur les fesses en plein milieu du concert ! Tandis que d’impressionnantes projections fractales signées Andreas Schwietzke illuminent le dôme du planétarium (on pense à certaines oeuvres de M.C. Escher), Bernd et ses amis exécutent un long medley de l’album, suivi d’une pièce tirée de son précédent disque, Antimatter (2012). Un rappel permet enfin de découvrir la chanson titre du disque, malheureusement sans la voix de Vana Verouti, mais dans une version instrumentale en tout point fidèle à l’univers musical de Bernd.

Si les styles de Q et de Kistenmacher sont assez éloignés, on retrouve quand même quelques similitudes dans la structure de leurs compositions. Précisément : il s’agit de compositions. Alors que tous deux cultivent une tradition musicale pourtant fondée sur l’improvisation, on sent paradoxalement que chaque note, chaque texture est pensée avant d’être jouée. Bernd Kistenmacher n’a jamais caché son admiration pour Klaus Schulze. Comme lui, il aime débuter par des atmosphères avant d’introduire rythmes et mélodies. C’est le cas ce soir à Berlin. Mais l’auditeur n’est jamais confronté à un mur sonore, comme parfois chez Schulze. De l’atonalité surgit brusquement le ton, du chaos surgit l’accord. C’est que Bernd Kistenmacher ne se livre pas à une prestation 100% synthés. Sous les étoiles du planétarium, ses trois acolytes ajoutent une belle profondeur à ses compositions chatoyantes. Inspiré et travaillé, tel s’annonce Utopia.

Set list : Utopia Live. – Antimatter (What's The Matter ? / It Doesn't Matter / Large Hadron Collider). – [rappel] Utopia (version instrumentale).

 

Prochains rendez-vous avec Bernd Kistenmacher


Utopia Tour
– LWL Planetarium, Münster, 23/11/2013
– Zeiss Planetarium, Iéna, 30/11/2013

Prochains rendez-vous avec Picture Palace music


Synths don't lie Tour 2013
Indulge the Mode, Paulus Kultur Kirche, Dortmund, 22/11/2013
Remnants, LWL Planetarium, Münster, 23/11/2013, 23/11/2013
Remnants, Zeiss Planetarium, Iéna, 30/11/2013
Hello 2014, Zeiss Planetarium, Bochum, 30/12/2013