jeudi 2 mai 2013

Killerpilze live @ La Java, Strasbourg, Grell Tour, 24 avril 2013


Destiné à promouvoir Grell, le cinquième album des Killerpilze, le Grell Tour passait cette année par la France. Avant Lyon (Ninkasi Kao) le 25, Bordeaux (I.Boat) le 26, Paris (Glazart) le 27 et Lille (La Péniche) le 28, le groupe allemand se produisait à La Java, à Strasbourg, le 24 avril 2013. Après onze ans de carrière, ce boys band que tout destinait à rester éphémère, s’est mué en une solide et durable entreprise familiale.


Strasbourg, le 24 avril 2013

Depuis leur première apparition en France, en 2007, les Killerpilze sont toujours revenus chez nous, même après le silence de deux ans consécutif à la rupture d’avec Universal. Cette année, l’étape strasbourgeoise est l’une des plus modestes. Le bar La Java est déjà presque plein avec à peine plus de 80 spectateurs. Ils seront environ cinq fois plus nombreux à Lyon, Bordeaux et Paris, et une centaine sur la Péniche, à Lille. Le groupe de Dillingen an der Donau, en Bavière, peut compter sur ce noyau dur de fans, à majorité féminine, qui a grandi avec eux. Evidemment, en comparaison du public allemand bien plus important, mais aussi légèrement plus masculin, notamment à Cologne le 6 avril, on peut craindre que les Killerpilze peinent à renouveler leur public en France. Pour en avoir le cœur net, un seul moyen : interroger les spectatrices. Et en effet, sur une dizaine d’entre elles, une seule n’est pas une fan de la première heure. Mais on peut aussi voir ces chiffres comme la preuve d’une fidélité sans faille, socle irréductible sur lequel viendront s’agréger dans le futur d’autres inconditionnels. Cet attachement se manifeste notamment par la présence très active du fan club français, organisateur à chaque concert d’une séance de meet&greet avec le groupe. A Strasbourg, les garçons sont couverts de cadeaux. Quelqu’un a même eu l’idée de leur apprendre de nouveaux mots en français, que Jo s’empressera de répéter sur scène. « Wesh, bien ou bien ? » ou « Strasbourg, c’est ouf ! » feront désormais à jamais partie de son vocabulaire dans la langue de Momolière.

Killerpilze à Strasbourg, 24 avril 2013 / photo S. Mazars
Benni, Jo, Fabi et Mäx déchaînés
C’est un comité réduit qu’accueille Strasbourg à La Java. En plus de Mäx et des frères Halbig, les Killerpilze sont accompagnés de Benni Beininger, leur fidèle bassiste de session, David Schlichter, le frère de Mäx, qui s’occupe du merchandising, Florian Böde Böhlendorf, le tour manager attitré du groupe, et Marcus Wimmer, l’ingénieur du son, un autre fidèle. Soit une petite famille de sept personnes. Une fois encore, la comparaison avec le concert de Cologne est éclairante. Devant 80 personnes comme devant 800, les Killerpilze donnent tout. Ils dégagent la même énergie, la même joie, évidente et communicative, d’être là. C'est bien connu, tous les groupes jurent toujours leurs grands dieux qu'ils n'ont jamais joué devant un public aussi « amazing ». Pourtant, Jo, Mäx et Fabi ne feignent pas leur enthousiasme. Leurs visages s'éclairent chaque fois que le public, pourtant étranger, reprend en chœur les paroles en allemand. A Strasbourg comme à Cologne, quand vient le moment de la chanson Erster Zug nach Paris, Mäx, très satisfait de son petit effet, modifie systématiquement le dernier refrain en « Erster Zug nach Köln » ou « Strassburg » en fonction de la ville visitée. C’est sans doute cette prévenance tranquille à l’égard du public qui caractérise le mieux le jeune guitariste. Jo, lui, dégage sur scène une puissance et un charisme incontestables. Quant à Fabi, assis derrière ses fûts, c’est sa concentration qui le distingue. On le sens très attentif aux autres, comme s’il était le véritable chef d’orchestre de la soirée.

Le nouveau single Nimm mich mit, en ouverture, ainsi que la très belle chanson Die Stadt klingt immer noch nach uns, qui évoque l’attachement des garçons à leur chère ville de Dillingen, rendent compte d’emblée de la haute tenue, musicale et poétique, du nouvel album. Avec Grell, ce sont bien sûr les disques de la période Killerpilzerecords qui sont les plus joués ce soir. Les explosifs Ferngesteuert et Springt hoch font partie des rares rescapés de l’époque Universal, tout comme Un premier matin, le titre en français sur lequel il aurait été impensable de faire l’impasse. Ein bisschen Zeitgeist, l’avant-dernier opus, aurait peut-être mérité une place plus importante. Mais Komm komm.com, l’une des seules chansons encore véritablement punk de l’album, est interprétée dans une version alternative beaucoup plus rock et mélodieuse, qui montre à quel point les Killerpilze ont évolué depuis leurs débuts. Ce boys band surmédiatisé, qu’on aurait pu croire condamné d’avance, comme tant d’autres, au destin éphémère d’étoile filante, célèbre en 2013 sa onzième année d’existence. Une telle longévité est exceptionnelle. Quelques artistes, comme Robbie Williams ou Justin Timberlake, ont mené une belle carrière en solo après être passés par un boys band. Mais, précisément, il a bien fallu qu’ils quittent leurs formations respectives pour en arriver là. Liés à l’adolescence, les boys bands ont quelque chose d’éphémère par nature. Passé un certain âge, les thèmes de leurs chansons finissent par devenir inimaginables. Les Killerpilze ont réussi leur transition. Le boys band s’est mué en groupe de rock, tout en conservant son nom et son identité. Certaines de leurs chansons les plus anciennes ne feront plus partie de leur répertoire en concert, voilà tout. Il faudrait mener l’enquête : ce parcours a tout l’air d’un cas unique au monde.

Setlist : Nimm mich mit. – Drei. – Studieren. – Die Stadt klingt immer noch nach uns. – Atomic. – Ego. – Rendez-vous. – Erster Zug nach Paris. – Grell. – A.W.I.T.M. – Am Meer. – Jubel und Staub. – Ferngesteuert. – Sommerregen. – Es geht auch um Dich. – Komm komm.com (Akustik-Version). – Himmel (Teil 2+3). – [Rappels] Jäger. – Lauf. – Un premier matin. – Springt hoch.